Je suis restée bête et béate à cause d'un vieux.
Qu'avait-il fait pour me mettre en joie ? Rien d'autre que d'être vieux.
C'est ainsi.
Je l'ai vu. Tout a changé. Mes commissures ont commencé à toucher mes oreilles. J'ai relu mon billet. Voiture 16, place 18, fenêtre.
Je me suis assise à côté de lui.
Je devais avoir l'air d'une illuminée : je souriais comme si la malédiction du clocher m'avait frappée en pleine grimace. J'avais l'impression que j'étais née comme ça, avec une bouche qui remonte toute seule, comme une balise de la mer morte.
Son ventre semblait tenir la tablette devant lui, sur laquelle était posé un journal : la montagne. Un vieil auvergnat, donc.
Quand le vendeur de boissons est devenu audible, je l'ai senti se redresser. J'ai fait pareil. Je voulais tout faire comme lui.
Il a commandé un café. J'ai regretté ne pouvoir l'imiter. "C'est malin, tu bois du café d'habitude." Je maudissais celui pris à grandes tasses quelques heures auparavant. Il m'avait vaccinée. Il faut dire que le café de mon papa, il est comme lui : c'est le plus fort. A la surface, on croit voir ses gènes italiens ricaner dans du pétrole. Quand on en a bu un, on décline tous les suivants du jour.
"Zut, je ne pourrai pas entamer une conversation sur le café de la sncf !", déplorai-je intérieurement. Puis je questionnai l'ambulant :
"- Qu'est-ce que vous avez, en barres chocolatées ?"
Je me félicitai intérieurement. "Bien joué ! Ca fait vieux ça, barre chocolatée." Je regardai mon voisin mais il ne saisit pas cette perche intergénérationnelle.
Je voulus ensuite lui proposer un de mes triangles au nougat mais me ravisai : "malheureuse, il a sûrement un dentier !"
Je me retins de finir la friandise, pour avoir l'air d'une fille bien. Au lieu de me faire remarquer que j'étais une fille bien, il toisa l'effort en ouvrant son journal.
Un intérêt sembla naître lorsqu'il me vit chercher une poubelle. Accoudoir, rebords, radiateur, mon index tentait de soulever tout ce qui pouvait imiter un couvercle de poubelle design. Ses yeux suivaient ma main. Il cherchait à travers moi. Nous étions enfin ensemble. Je trouvai un cylindre à ordures entre nous et y jetai mon papier. Sa vigilance retomba.
Peu de temps après, l'ingrat utilisa la poubelle en feignant connaître son existence ainsi que le sens d'ouverture du couvercle depuis des temps immémoriaux.
Je me suis vengée en fourrant mes oreilles d'écouteurs MP3.
Je me suis injecté le fou chantant dans les conduits et j'ai regardé les vaches filer à toute allure. Je souriais désespérément.
Puisqu'on parle des anciens, j'en profite pour souhaiter un bon anniversaire à PMÂ, à ne pas confondre avec PMA, qui est né plus tard, ainsi qu'à PLR, même si ces trois blogs ont le même prolifique papa : Nicolas.
Je me suis assise à côté de lui.
Je devais avoir l'air d'une illuminée : je souriais comme si la malédiction du clocher m'avait frappée en pleine grimace. J'avais l'impression que j'étais née comme ça, avec une bouche qui remonte toute seule, comme une balise de la mer morte.
Son ventre semblait tenir la tablette devant lui, sur laquelle était posé un journal : la montagne. Un vieil auvergnat, donc.
Quand le vendeur de boissons est devenu audible, je l'ai senti se redresser. J'ai fait pareil. Je voulais tout faire comme lui.
Il a commandé un café. J'ai regretté ne pouvoir l'imiter. "C'est malin, tu bois du café d'habitude." Je maudissais celui pris à grandes tasses quelques heures auparavant. Il m'avait vaccinée. Il faut dire que le café de mon papa, il est comme lui : c'est le plus fort. A la surface, on croit voir ses gènes italiens ricaner dans du pétrole. Quand on en a bu un, on décline tous les suivants du jour.
"Zut, je ne pourrai pas entamer une conversation sur le café de la sncf !", déplorai-je intérieurement. Puis je questionnai l'ambulant :
"- Qu'est-ce que vous avez, en barres chocolatées ?"
Je me félicitai intérieurement. "Bien joué ! Ca fait vieux ça, barre chocolatée." Je regardai mon voisin mais il ne saisit pas cette perche intergénérationnelle.
Je voulus ensuite lui proposer un de mes triangles au nougat mais me ravisai : "malheureuse, il a sûrement un dentier !"
Je me retins de finir la friandise, pour avoir l'air d'une fille bien. Au lieu de me faire remarquer que j'étais une fille bien, il toisa l'effort en ouvrant son journal.
Un intérêt sembla naître lorsqu'il me vit chercher une poubelle. Accoudoir, rebords, radiateur, mon index tentait de soulever tout ce qui pouvait imiter un couvercle de poubelle design. Ses yeux suivaient ma main. Il cherchait à travers moi. Nous étions enfin ensemble. Je trouvai un cylindre à ordures entre nous et y jetai mon papier. Sa vigilance retomba.
Peu de temps après, l'ingrat utilisa la poubelle en feignant connaître son existence ainsi que le sens d'ouverture du couvercle depuis des temps immémoriaux.
Je me suis vengée en fourrant mes oreilles d'écouteurs MP3.
Je me suis injecté le fou chantant dans les conduits et j'ai regardé les vaches filer à toute allure. Je souriais désespérément.
Puisqu'on parle des anciens, j'en profite pour souhaiter un bon anniversaire à PMÂ, à ne pas confondre avec PMA, qui est né plus tard, ainsi qu'à PLR, même si ces trois blogs ont le même prolifique papa : Nicolas.




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