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vendredi 2 janvier 2009

Le billet qui s'écoute

Voici ma réponse au tag lancé jusqu'à moi par l'inimitable Gaël.


Le sujet est limpide : "Qu'est-ce que tu écoutes en ce moment ?"


Ça tombe bien : ma bonne résolution pour 2009 est de m'écouter plus souvent. Mais je ne sais pas si ça compte.


Manet, Le joueur de fifre, 1866


Sinon, il m'arrive d'écouter :
- le rythme de ce boum (qui redit boum à l'oreille) ;
- la réponse (qui est dans le vent) ;
- les cris sourds (du pays qu'on enchaîne) ;

J'offre un resto coréen au (à la) premier (ère) qui me donne les titres ou interprètes des trois chansons desquelles sont tirées les fines allusions ci-dessus. Ou un coup à boire pour ceux qui n'aiment pas manger. Ou mes plates félicitations pour ceux qui ne boivent pas non plus.

Cela dit, ma sélection ci-après n'a peut-être rien à voir avec les réponses à ce fabuleux concours. Je vous ai collé dans cette liste joueuse (playlist si vous préférez) quelques mélodies jalousement capturées dans mon I-Pod voire précieusement conservées dans ma rutilante collection de CD.

J'écoute du qui se chante sous la douche, vous êtes prévenus. Ceux qui ne supportent pas la chanson française fermeront la fenêtre ou dégoteront un Nina Hagen parmi ces dix titres et puis c'est tout (oui il peut m'arriver d'hurler "ich Glotze TV" en me savonnant).

Assez causé. Ouvrez grand les oreilles et dites "Ah", vous n'allez pas en croire vos yeux. Oh j'allais oublier : je tague Nataloup, May Nat et Cochon dingue. A vos platines, amies Blogueuses !








mercredi 3 décembre 2008

On décolle vite

David, Les Sabines, 1799

Voici un texte qui s'inscrit dans la chaîne initiée par Audine, en hommage au texte de Dorham. Le principe ? Faire référence à un odieux projet du gouvernement, ou à une pratique actuelle contraire aux principes républicains, dans un billet inspiré de celui de Dorham.

L'autre nuit, vous n'avez pas fait l'amour. Ne venez pas me chanter l'argument du célibat qui n'aide pas. Je ne vois pas le rapport. Ni les rapports en général, si vous insistez. Là n'est pas la question : nous parlons de l'autre nuit, voulez-vous bien vous concentrer ?

Hier soir, c'est vous qui avez chauffé la place dans votre lit, juste pour votre deuxième vous-même, qui s'en satisfit. Oui, vous vivez en couple, mais à l'intérieur de vous. C'est comme une ultime division cellulaire.

Parfois c'est la guerre. C'est normal dans les couples. Vos deux moitiés se toisent. Y'en a une qui refuse de faire la vaisselle et l'autre qui lui fait remarquer que c'est dégueulasse. Mais l'avantage du couple interne du célibataire, c'est qu'à nous deux, on n'a que deux épaules. Alors c'est forcément en même temps qu'on les hausse.

L'autre nuit, disais-je, vous n'avez pas fait l'amour. Vous étiez tous les deux crevés. Vous n'auriez pas pu procréer de toute façon parce que la nature n'a pas réfléchi plus que ça aux célibataires en mal de maternité. C'est comme ça. En plus, vous prenez la pilule. Pourquoi diable ? Parce que vous portez un prénom biblique. Alors, si d'aventure l'ange Gabriel vous rendait visite, vous préférez prendre vos précautions. Avec tout ça, c'est sûr, vous n'avez pas procréé.

A vos heures perdues, vous tissez une poupée vaudou à l'effigie de votre gynécologue et vous l'étranglez avec une ficelle de tampon. Oui, parce qu'un jour vous causiez contraception et elle vous a dit : "ce n'est pas la pilule qui peut réduire votre fertilité, c'est votre âge", alors que vous n'aviez justement rien demandé au sujet des conséquences de l'âge sur la fertilité.

Aujourd'hui vous cherchez votre poupée. Vous la retrouvez sous une pile de vingt volumes de "L'histoire universelle". Vous décidez de la sanctifier. Alors, après avoir desserré la ficelle, vous l'asseyez sur la pile dans une pose digne et l'encensez au patchouli.

Vous n'aurez sans doute jamais d'enfants mais la société vient de vous apprendre à adorer cette idée. Jamais votre fillette ne vous demandera à sept ans pourquoi son camarade de classe ne vient plus depuis que des policiers sont venus le chercher avec son papa.


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Le sujet de ce billet, Flo Py en a parlé ici. J'ajoute, hors texte-hommage :

Je viens d'apprendre qu'il y a quelques jours, à Grenoble, un père est allé chercher ses enfants à l'école un peu plus tôt, accompagné de deux policiers, pour un "rendez-vous à la préfecture". A 19h, les enseignants apprenaient que la famille était au centre de rétention de Lyon.

Ce n'est que le matin qu'ils réussirent à joindre la famille paniquée. Ils informèrent le centre de la visite de la Cimade (seule organisation autorisée à entrer) ce même matin. Lorsque les militants de la Cimade arrivèrent sur place, la famille était déjà en route vers l'aéroport, leur avion décollant une demie heure plus tard.

Je copie et colle ici un extrait de la lettre d'une militante de Réseau Éducation Sans Frontières destinée aux écoles :

Nous n'avons rien pu faire, nous attendions que les militants de la Cimade comprennent la situation de la famille, afin de pouvoir les aider en connaissance de cause. Ils ont été expulsés ce matin. Leurs chaises d'école resteront vides. C'est une première en Isère : la traque des étranger-e-s pénètre dans les écoles.

Les seuls enfants en situation irrégulière sont ceux qui ne sont pas à l'école.

Nous vous demandons de bien vouloir faire circuler cette information le plus largement possible. Personne ne doit pouvoir dire "on ne savait pas".

Merci,

Emmanuelle, pour le Réseau Education Sans Frontières 38

mercredi 24 septembre 2008

123 de 5 à 11

Fragonard, La liseuse, 1771

Argh, Zoridae attaque ! L'inspiratrice et mère nourricière de ce blog a saisi une bombe de peinture aérosol et m'a tagué un immense "123" dans le dos. Un tag connu comme le loup blanc. Y'en a même qui l'ont reçu et qui, au lieu de s'y atteler, partent loin, comme si de rien n'était. Tsss ! Ce n'est pas joli joli, madame Audine. Car moi, face à l'appel de la ville blanche, nul doute que je rétorquerais illico "je peux pas, j'ai tag".
D'autres petits malins ont voulu court-circuiter le présent tag en m'en proposant un autre : "expliquer la fin de 2001, odyssée de l'espace". Le perfide, sans doute au courant de mon agoraphobie galopante, se gausse d'avance de me voir liquéfiée à la revoyure de la machine à régurgiter des cosmonautes dans l'espace. Il a quand même trouvé un comparse prêt à se coltiner le sujet : un gars qui se dissout chaque matin dans l'espace de sa cafetière. D'autres prétendent avoir toujours voulu écrire sur le sujet. Si ce n'est pas un complot organisé pour que je me vautre dans l'impossible, tête la première et nez dans le ruisseau, ça y ressemble bigrement.

Le tag que j'honore aujourd'hui est très structuré. Je me dois d'en copier ci-après le

Règlement :

  1. citer la personne qui vous a tagué et mettre un lien vers son blog ;
  2. indiquer le règlement du jeu ;
  3. ouvrir un livre que l'on aime à la page 123 ;
  4. recopier à partir de la cinquième phrase et les cinq phrases suivantes ;
  5. indiquer le titre du livre, le nom de l'auteur, de l'éditeur, ainsi que l'année d'édition ;
  6. taguer 4 personnes dont vous souhaitez connaître les lectures et les avertir sur leur blog.
Ceux qui l'ont fait l'ont vu : l'exercice est rageant. Ce n'est pas son livre préféré qui possède la plus belle page 123. En ce qui concerne mes lectures, La beauté malade de D.H. Lawrence n'en possède pas tant et Le château de Kafka ressemble trop au dernier article de Balmeyer à cet endroit précis (la cafetière comme figure filée dans l'art de l'absurde ?). Quant au Capital de Marx, il ne présente là que 4 phrases, la page étant occupée par des notes qui en rongent les trois-quarts.
Voici donc l'extrait de la 5è à la 11è phrase que j'ai décidé de reproduire ici, parmi toutes les pages 123 que je me suis tapées hier (non sans un certain plaisir, j'avoue) :

"- Daniel, vous êtes blanc comme une cuisse de bonne soeur. Tout va bien ?
Un souffle invisible balayait les rangées de fauteuils.
- Drôle d'odeur, commenta Fermin Romero de Torres. Ca sent le pet rance, de notaire ou de procureur.
- Non, ça sent le papier brûlé."
Carlos Ruiz Zafon, L'ombre du vent, Paris, ed. Grasset, 2001.

Je tague à mon tour Nataloup, qui a bien d'autres chats à fouetter et classe à aménager mais tant pis, je suis sans pitié, Hélène, qui j'espère aura loisir de le faire sitôt que son bout de chou sera sur pieds (courage !), Amapola77 qui connaît la joie des classes surchargées et Fab-Fab, parce que je ne l'ai jamais embêté, tiens. A vos pages, prêts, taguez !

vendredi 12 septembre 2008

Tag raté, t'as gagné

Guido Reni, Le couronnement de la Vierge, 1595
Je t'aime bien Britbrit. Mais toi, traîtresse, pourquoi m'as-tu fait ça ?
Au début je me suis dit "chouette, du grain à moudre". Du grain qui craint, oui ! Et puis finalement. Ca tombe rudement bien, ce prix que je reçois et que je suis censée refiler aussitôt à 7 blogueurs. La tubercule ébouillantée de la gloire, en somme. Au moins cette saleté ne trônera pas longtemps sur ma cheminée virtuelle. Et puis j'ai des blogueurs à féliciter plein l'escarcelle. Alors structurons un peu le machin :
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1- Haaan, fallait pas Britbrit, mersnif, c'est le plus beautiful tag de mein vida, etc.
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2- Alors euh je décerne ce prix à :
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- Nicolas. Parce qu'il ne fera pas suivre ce tag un peu biesse, lui. Mais surtout : parce qu'invoquer l'arrêté d'interdiction des soutanes du Kremlin-Bicêtre pour faire coffrer le pape lors de sa venue, c'était sacrément bien vu.
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- Gaël, pour décorer le bateau sur lequel il nous a embarqués un jour.
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- Mademoiselle Ciguë, pour m'avoir fait fantasmer ces derniers jours.
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- Zoridae, pour son écriture, en espérant qu'elle ne mettra pas cette horreur sur son beau blog.
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- Malbeyer, pour ses efforts réguliers en orthographe et ses couts de colaire.
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- Monsieur Poireau pour ses conseils judicieux en matière de détournement de fichage.
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- Dorham, parce que vraiment, il faut le lire pour le croire.
J'ai droit qu'à 7 ? Soufflez, les autres, vous avez échappé à ça : afficher le prix. Tadaaa :
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Epilogue : le boulet de l'Education nationale s'avère être également un boulet du web. Impossible de coller cette fichue image ici. Remarquez, c'est pas plus mal. Britbrit ? C'est pas de ma faute !

mercredi 3 septembre 2008

Au commencement était le blog

Pour me lire aujourd'hui, c'est chez Zoridae. Autant vous dire que je ne suis pas peu fière d'être publiée par cette auteure de talent.

mercredi 27 août 2008

Un tag, trois énervements, quatre possibilités

Giotto, Le Christ chassant les marchands du temple, 1306

C'est simple. Romain a créé une nouvelle chaîne et a immédiatement tagué Nicolas. Comme il s'agissait de citer 3 choses qui énervent et que Nicolas était justement énervé par trois choses ce jour-là, Nicolas s'est empressé de saisir l'occasion avant de refiler le bébé à monsieur Poireau. Monsieur Poireau ayant plein d'amies végétales énervées, ses pensées se tournèrent vers mademoiselle Ciguë qui décocha derechef un triple venin avant de me confier cette périlleuse mission.
On me somme de râler. Et dire qu'il y a tout juste une heure, tranquillement assise au bord du canal Saint-Martin et dégustant une pâtisserie compliquée, une amie me lançait un "arrête de râler" tandis que ma bouche menait un combat méritoire. La crème s'échappait de toutes parts et mes lèvres durent à plusieurs reprises s'élancer au plus loin pour rattraper la fuyarde. Les dents râclaient le papier qui essayait de digérer le gâteau avant moi en le tenant prisonnier sur toute sa surface et la langue jouait au ping-pong pour arrêter le feuilleté qui tentait de s'échapper alternativement à droite et à gauche. D'impuissantes gencives sanglotaient devant l'amas gluant d'un glaçage pervers, qui cachait son jeu et ses munitions d'éclats de pistaches pour mieux les immiscer là où nul poil de brosse à dents ne passe. Dans le même temps, La division des zygomatiques se livrait à d'usantes contorsions pour rassembler les troupes de miettes disséminées dans tout le territoire buccal.

Vous l'aurez compris,

1- les millefeuilles m'énervent.

Voilà des pâtisseries qui vous aguichent de tout leur long, posées comme ça, nonchalantes, sur le plateau en inox, en présentant leur meilleur profil. Leurs strates tour à tour dures et moelleuses se grimpent les unes sur les autres sans vergogne en vitrine, provoquant l'hystérie collective de vos papilles. Vous cherchez à les fuir du regard mais lorsque la dame demande ce que vous désirez, votre index, aussi fébrile que le reste, se tend vers une de ces allumeuses glacées. Toute résistance est vaine, d'autant que ce sont au bas mots 749 feuillets qui font la danse de l'éventail pour attirer dans leurs filets vos dents écarquillées. Vous réglez et partez à grandes enjambées, les phalanges précautionneusement repliées autour de votre victime dont vous sentez l'insolente fraîcheur au travers du papier beurre.

Pourtant. A peine entamé, le millefeuille n'est plus cette promesse d'une fête gustative où chaque matière, bien rangée au départ, pénètre petit à petit les autres pour y insinuer ses saveurs et tournoyer dans votre bouche en une formidable partouze pâtissière. La danse des mille textures qui craquent, cèdent et fondent se révèle être un sac de noeuds où rien ne circule dans le sens prévu. Voilà votre bouche privée de dessert et salivant dans le désert.

Mais est-ce bien raisonnable, tout ça ? On s'en fout.

Vous l'aurez compris,


2- Les incitations à la prudence diététique m'énervent.

Les conseils me pompent l'air. Je parle des conseils d'état sur le nôtre. Enfin, de ceux-ci : "pour être en forme, ne fumez pas" ; "mangez au moins cinq fruits et légumes par jour" ; "ne grignotez pas, ne mangez ni trop salé ni trop sucré et pratiquez une activité sportive régulière". Comme degré zéro de l'information doublé d'une préoccupation faux-derche pour notre santé, ça se pose là. L'idée, c'est de nous faire croire que tout est de notre faute. En politique, on appelle ça "responsabiliser". Les milliers de produits infâmes que l'on nous vend n'y sont pour rien, c'est nous qui ne savons pas les manger au bon moment. Et on voudrait la gratuité des soins ! J'attends l'étape suivante. Une carte vitale à points ? "Vous avez du cholestérol, moins 3 points". Des packs soins-cadeaux financés par les grands groupes, genre "Un pot de Nulleta acheté, une analyse sanguine offerte" ?

Ces gentils conseils ne sont qu'une parade publique pour nous faire croire que l'état se préoccupe de notre santé tandis qu'il se désengage. Il pérore et nous avise avec du vent.

Ca y est, je suis énervée.

J'ose à peine laisser échapper une autre raison de râler. Pourtant il y en a pléthore. Mais je vais sabrer mon troisième. Si j'allais plutôt me faire une camomille ?

3- Les journalistes incompétents m'énervent.

Zut, ça m'a échappé. Je développe ? C'est clair pourtant. Je ne parle pas de leurs approximations langagières qui peuvent, au pire, m'irriter gentiment. Non. Je ne parlerai même pas des courtisans au pouvoir en place qui grouillent sur les plateaux. Et pourtant, vous en conviendrez, c'est particulièrement gonflant. Non. La propension qu'ont beaucoup d'entre eux à broder des phrases truffées de lieux communs sur des sujets qu'ils ne connaissent pas m'énerve.


Marie-Georges clique rageusement sur "publier le message". L'eau de la camomille bout pendant qu'elle est à bout. Elle serre un sachet de tisane dans son poing puis le jette au fond de la tasse. Le fait qu'il faille attendre que ça refroidisse avant de boire, mais pas trop, l'énerve.

Audine, May Nat, Cynique-ta-mère et Britbrit, au rapport !

jeudi 10 juillet 2008

Les poubelles de Moroprix


Aujourd'hui j'ai contemplé ma liberté. Puis je me suis vue ne rien en faire, dans un haussement d'épaules.

Je suis allée au supermarché et j'y ai passé beaucoup de temps. Je voulais m'intéresser à mes futurs achats. Impossible. Dans ce décor surinvesti, tout m'extirpait de la concentration nécessaire pour retenir ma liste de courses. Je me la répétais en litanie pour mieux l'apprivoiser : "bananes et glace au chocolat ; bananes et glaces au chocolat ; bananes et glace au chocolat ; ne pas oublier la glace au...". Je dus me rendre à l'évidence : je stagnais au rayon des yaourts, fascinée par la fraîcheur qui mordillait mes bras tandis qu'une résistance me grillait délicatement le couvercle crânien. Dans ce supermarché, que nous appellerons Moroprix pour en préserver l'anonymat, ils ont eu l'idée de chauffer les rayons frais. Il fallait y penser. Je me dis qu'ils en avaient peut-être assez de balayer des allées encombrées de gens cristallisés au sol. Ça faisait désordre, ces poubelles pleines de stalagmites humains, ces bacs remplis de clients cryogénisés non loin des portes du magasin. Il fallait bien trouver une solution. Le chauffagiste qui avait accepté la délicate mission de fabriquer un radiateur qui réconforte la chair humaine en gardant le yaourt frais avait sûrement des tas de créanciers aux trousses et de bouches à nourrir. En tout cas il l'avait accomplie et je zigzaguais entre les produits laitiers, zébrée de chaud et froid.

J'aperçus une splendide laitière à bouche et je me sentie proche d'elle. Elle était blanche comme ce qu'elle paraissait chercher. Elle regardait les rayons sans les voir et arborait un sourire tout animé de l'intérieur. J'aurais voulu l'aborder, qu'elle me raconte sa vie, qu'elle me dise si on l'avait comparée un jour à cette marionnette du Muppet Show composée de cheveux longs desquels dépassait une bouche. Mais j'avais des bananes à acheter. Ragaillardie par cette complicité imaginaire et décidée à dégoter l'oblongue cible, je filai au rayon charcuterie, le panier alourdi par d'inutiles yaourts pour célébrer ce bon moment passé parmi les pots. Je parcourus le long couloir rose et débarquai devant une rangée de cageots. Chairs charnues, peaux tendues et queues dressées : je contemplais enfin la vallée des fruits.
Je fis demi-tour sans raison. Je me sentais libre. Je fis une boucle pour revenir d'un pas décidé, fière de maîtriser le parcours yaourt-jambon-bananes. Mon cerveau s'empara vite d'un dilemme : vrac ou cellophane ? Choix de chaque unité ou acceptation aveugle du lot ? Régimes de provenance inconnue ou paquet certifié commerce équitable ? "Tu comptes vraiment perdre ton temps à aller chercher un sachet alors qu'il y a des bananes déjà emballées ?!", pesta une cellule grise plus grosse que les autres. Le cerveau au garde à vous, j'obtempérai en jetant un œil vague au prix de l'équité.

Après quelques errances où je m'assurai que non, rien de rien, je ne regrettais rien au rayon sardines, café, biscuits, essuie-tout et le reste, je marquai un arrêt prolongé devant les glaces. Ce que j'avais à hauteur d'yeux n'était pas à celle de mes espérances. "Tu ne me plais pas", lançai-je au pot de glace qui m'attendait. L'objet de ma convoitise m'apparaissait désormais dans toute sa froideur. Nous nous considérâmes longuement. Le fantasme laissa place à l'indifférence. Je finis par attraper son voisin bourré d'yeux en amandes et refermai la porte brutalement.

En passant par chez les céréales, je trouvai que c'était une bonne idée, les céréales. Je me serais bien choisi des céréales. Las, toutes celles qui me faisaient envie mentionnaient des vertus amincissantes alors que je ne leur avais rien demandé. Vous imaginez, flottant dans mon bol de lait, des pétales de riz me soufflant leurs qualités nutritionnelles pendant que le paquet aux silhouettes conquérantes me fredonnerait la recette du bonheur par l'amaigrissement, dans un gazouillis visuel indigeste ? "Vous ne m'aurez pas !", dis-je aux emballages saturés d'exergues incitatifs. J'étais en train de réaliser que moi non plus, je n'aurais pas mes céréales. Elles snobaient mon inertie corporelle autant que je toisais leurs criards atours.
Le status quo me planta là un certain temps, avant qu'une plainte émanant de mon panier se fasse entendre. Un léger tic-tac humide me rappelait de faire fissa. La glace avait ses vapeurs. Les yeux en amandes me suppliaient de les rendre à leur milieu naturel. Claudiquant jusqu'aux tapis roulants, j'emboîtai le pas de la file la plus courte. C'était aussi la plus lente, mais à l'heure où je me congratulais d'avoir débusqué pareille aubaine, je ne le savais pas encore. Je constatai bientôt que non seulement les clients arrivés bien après moi empruntaient déjà la sortie, mais qu'en plus il n'y avait aucune explication visible à ce phénomène. Je fixais ma caissière. C'était peut-être à cause de ses cheveux ? Ou c'était moi. Ou mes cheveux ?

A côté, une voix de Stentor. Les regards se tournèrent vers ce jeune homme qui avait prévu ce succès depuis chez lui. Il portait une chaîne dorée qui pendait jusqu'à l'entrejambe, des lunettes de soleil façon mouche et conversait au téléphone en payant de l'autre main. Son pantalon, véritable défi à la pesanteur, volait bas : la ceinture lui arrivait juste sous les fesses.

Mon tour vint et j'embarquai mes bâtonnets qui tombèrent au fond de mon sac dans un bruit liquide peu engageant. Pour clore ce chapitre absurde, il ne me restait plus qu'à jeter ma brillante acquisition. Je cherchai la poubelle du supermarché à la sortie. Un homme avec une canne cherchait un euro ou deux. Il n'y avait pas plus de poubelle sur le trottoir que de passants prodigues.


Note : Ce texte est ma contribution poussive au concours de Dorham, dont le thème est "les poubelles de supermarchés". Je vous encourage à lire les très belles copies de Zoridae, Audine, Balmeyer, Dorham et de plein d'autres dont les liens se trouvent ici
Je vous le dis tout de go : je ne vote pas pour moi :))

vendredi 20 juin 2008

Paf le tag 2

Jérome Bosch, La tentation de Saint-Antoine, vers 1508

Ils sont beaux, ils sont frais mes tags...


C'est à Hélène que je répondrai aujourd'hui du tag au tag. En allant faire un tour sur d'autres blogs, j'ai découvert que Gaël, également tout tagué, venait de s'atteler à la tâche qui m'incombe : écrire 5 contradictions.


1- J'ai un blog alors que je n'ai rien à dire. La première fois que j'ai osé révéler à une collègue que j'avais un blog, elle m'a aussitôt demandé sur quoi. "Euh, sur rien." Fin de la conversation.


2- Je trouve que vivre à Paris est une aberration mais j'y achète un appart. Une qualité de vie qui n'augmente que lorque l'on passe à côté d'un monument, des loyers himalayens, un appartement qui ne fait qu'un avec le palier, 3/4 d'heure de déplacement anaérobie pour aller voir quelqu'un qui "habite aussi à Paris", passer à l'improviste = déranger, etc. Cependant je suis située à un point géostratégique où mes amis de toutes parts ont forcément une correspondance un jour. C'est décidé, je pose mes bagages ici, ne serait-ce que par amour pour la conciergerie, ce château cornu qui se prélasse au bord de la Seine.


3- J'aime les gens mais je suis atteinte de phobie sociale galopante. Quelqu'un arrive et me voilà transposée dans mon pire cauchemar. "Laissez-moi !" ai-je envie d'hurler en me débattant. En général je dis plutôt bonjour en souriant et après ça se passe bien.


4- Mon corps est une contradiction à lui tout seul : ma bouche et mon estomac sont en guerre. Ils ne s'écoutent pas. Je leur dis souvent qu'ils pourraient se téléphoner de temps en temps via oesophage. Mais bouche gourmande n'a point d'oreille : moins mon estomac a faim et plus ma bouche réclame du chocolat.


5- Je pense que notre système politique est trop perverti pour qu'il en ressorte quelque chose de bon mais je continue à voter. Nos représentants du peuple (merci monsieur Poireau) ne représentent qu'eux-même et leur clique de puissants. Ils ne sont qu'avides du pouvoir que leur confère leur position. Quand j'y pense, je vire facilement anarchiste mais je ne veux pas arrêter de voter. Il ne manquerait plus que je rate les rares occasions que j'ai de l'ouvrir.


(Et maintenant, euuuh, question de tagueuse débutante : chui obligée de taguer 5 personnes ? )
Mise à jour du 22 juin, après la réponse d'Hélène "Tu n'es pas obligée de taguer à ton tour". Bon, d'accord. Et paf je tague quand même: Amapola77, So dilettante, Nataloup, May Nat, monsieur Kaplan.

jeudi 19 juin 2008

Paf le tag


Brughel, La parabole des aveugles, 1568

Je découvre la pratique du tag dans les blogs. Définition soufflée par Dorham à mes ignardes esgourdes : "ça veut dire que je t'ai refilé un exercice imposé, un billet avec un thème auquel tu dois te plier..." Ah d'accord, merci.

Et paf le tag : que pensez-vous de la RATP ?

Héhéhé - ahem - eh bien voilà qui tombe dru euh à poings fermés enfin je veux dire à point nommé. J'avais justement pour projet la création d'un guide du routard complet à ce sujet : tout sur les lignes les plus sympas, les lignes bon marché, celles où l'on peut dormir etc. A part ça, je veux bien en penser quelque chose mais ne vous attendez pas à de la réflexion de haute volée avec de l'esprit qui brille. J'ai toutefois une arme imparable pour faire mon intéressante : une pratique provincialo-mondiale des transports en commun. Oui parce que la RATP c'est bien mais est-ce que c'est si bien comparativement aux TCL, à la STAS, au métro de Séoul et aux bus mexicains, mmmh ? C'est-y pas un beau sujet ça ? Qui c'est qui veut mon taaaaaag ? Non, je me contenterai en fait de distribuer le bien et le mal en parties égales. Comme ça, non seulement vous aurez lu un texte aussi dynamisant qu'une expo de santons de Provence mais en plus vous ne saurez pas vraiment ce que j'en pense. Fallait pas me taguer.

RATP, three points :

1- La RATP nous fait chanter. Véritable compil montée sur roulettes, notre rame nous invite, au gré d'un chapelet de stations, à fredonner tubes de toujours et airs d'antan. Pratique quand on a oublié son MP3. Le miracle est sans nom à la station Javel, on s'exclame "Mais oui madame !" à Ménilmontant, à Buzenval on s'interdit la chanson qui tue les mites tandis qu'aux Lilas rôde le fantôme du poinçonneur. Astuce pour varier le répertoire : changez quotidiennement de destination. Si vous trouvez le métro d'un horripilant ennui, c'est peut-être que vous n'y mettez pas du vôtre.
2- La RATP est généreuse. Longtemps, j'ai vénéré un petit carré plastifié qui portait le doux nom de "carte solidarité transport". 50% de réduction sur tickets et carte orange quand vous avez le budget rachitique, c'est pas de refus. Le métro est un luxe pour certains, comme pour d'autres le yacht des copains.
3- La RATP est inspirée. Elle affiche de petits poèmes perchés au-dessus du nez que vous portez justement haut pour respirer. Votre orteil se trouve broyé menu par un de vos covoiturés mais votre cerveau n'a rien remarqué, qui se régale de ces vers : "Paris, pour te dire merci, je te caresse avec mes pieds". Vous ne voyez plus du même oeil votre voisin-pilon.

RATP, pas glop :

1- Météor me fait peur. Vous savez, c'est ce métro qui se conduit sans les mains, sans les yeux, sans le moindre morceau de chauffeur. Monsieur Météor est un employé modèle : pas de grève, jamais malade ; ah c'est sûr c'est pas lui qui va la ramener avec ses histoires de congés, retraite et autre vie de famille. Nous, tout ce qu'on demande à un conducteur de métro, c'est de conduire. On se fiche de sa vie comme de notre premier bavoir ; d'ailleurs, on ne devrait embaucher que des conducteurs sans vie. Mais je m'égare. Météor ou la promesse d'un avenir fracassant : avec un nom pareil, vous vous dites que que votre destin est de finir tailleur de cratère, écrasé sur une surface inconnue. Au risque de paraître rétrograde, je trouve qu'un conducteur qui vous a vu accourir et vous attend avant de refermer les portes, c'est plus agréable qu'un dédain électroniquement assisté.
2- Quand on fait un changement d'un métro vers un bus ou vice-versa, il vous en coûte un deuxième ticket. "Sont fous ces parisiens", me suis-je dit la première fois. Chez nous autres, les TCL, un ticket = une heure, peu importe que vous alterniez rails et routes. Résultat ici, il faut bien réfléchir avant d'opter pour le kit néons blafards/ambiance forges de Vulcain/air vicié/portes dévoreuses, ou l'option vitesse avoisinant l'inertie absolue/plaqué à une vitre-rôtissoire ou réfrigérante selon saison/pénurie de points d'appui/valse du coup de frein. Muni d'un seul ticket, ce sera l'un OU l'autre et tant pis si votre trajectoire gagnait à utiliser les deux. Fourberie visuelle : des petits symboles trompeurs "T, M, Bus" sur les tickets sont là pour signifier "Avec ce titre de transport, prenez ce que vous voulez" mais rien n'indique "et restez-y".
3- Un "Veuillez patienter" à peine articulé résonna du haut du wagon plongé dans une pénombre sans bruit. Je me levai pour hurler "Et si je ne veux pas ?!" puis me ravisai devant l'évidence de devoir entamer le rationnement de mes dépenses d'énergie vitale. La perspective de passer 40 jours dans un tunnel surpeuplé sans eau ni ordinateur me ramenait à la raison. Je tâtonnai discrètement dans mon sac, à la recherche d'un bonbon à l'oxygène. Autour, les passagers continuaient à scruter résolument le néant par les fenêtres. Les bouches étaient parfaitement horizontales, de sorte que dans cette forêt de têtes impassibles mon angoisse ne pouvait débusquer la moindre présence alliée. J'allais crier quelque chose comme "Je vais mourir asphyxiée ou mangée par des usagers plus forts que moi et en plus je suis seule au monde ?" lorsque la lumière des néons papillonna enfin. Le métro repris sa route dans un joyeux roulis pétaradant. J'en ballotais de bonheur.
Le métro parisien, c'est la fin du monde au quotidien.

samedi 3 mai 2008

Le premier sexe

Y'a un concours qu'est vachement sympa dans l'idée, c'est celui de Zoridae. Dans l'idée, parce qu'en pratique je me suis beaucoup fait peur. L'idée c'est donc d'écrire un texte en se mettant dans la peau d'un personnage du sexe opposé. Je vous raconte pas les réactions primaires et autres images peu flatteuses qui ont fusé dans ma tête. Faites le test. Dans un deuxième temps, j'ai écrit le texte ci-dessous. Mes amis et confidents du sexe fort se reconnaîtront-ils, sachant que j'ai tenté de créer un personnage à partir d'un savant mélange tout dilué ?
"Le patron est tombé sur ma boîte mail. Quand je dis tomber... Il a plongé dedans yeux écarquillés et, patinant sans vergogne du doigt sur la molette, il a tout vu. Je sais pas comment j'ai pu oublier de fermer mon compte, encore moins d'éteindre la bête. Je crois que j'étais au téléphone avec ma femme en partant ce soir-là, je me souviens pas. C'est sûrement ça. Après quatorze heures de boulot, quand je suis bien vanné, c'est toujours à ce moment-là qu'elle croit bon de jouer les sirènes d'alarme. Ca ne sert à rien : je vais rentrer. Je lui ai expliqué plusieurs fois : savoir que je vais être battu à froid à mon retour me donne plutôt envie de bosser encore un peu. Mais madame semble se complaire dans le reproche contre productif : mauvais mari, père absent. Pourtant elle saurait me faire accourir... Elle s'y prendrait par exemple dès le matin. Avec trois fois rien elle pourrait m'enchaîner à son souvenir, me flanquer un sortilège bien à elle, me coller une persistance rétinienne à me rendre dingue. Un regard un peu appuyé assorti d'un "à ce soir" sussuré de sa voix chaude et je serais programmé pour la journée sur le mode "retour". Elle aurait l'oeillade assassine ; je la vois d'ici, les paupières en amande battant sur ses vastes prunelles humides façon manga érotique. Seulement voilà, user de ses diaboliques attraits lui effleure de moins en moins l'esprit. "Non seulement t'es pas pressé de voir ta famille mais en plus il faudrait que je t'accueille la fleur au fusil, le sourire au lèvre, le string tendu et la vaseline dans la main gauche tant qu'on y est ?!" J'aime bien quand elle s'emporte, c'est toujours là que point son humour un peu trash.
Ca devait être un de ces soirs-là, longue journée de travail et ambiance électrique au bercail. Le boss a dépiauté tout mon courrier de la semaine. Il a vu ce que je fomentais dans son dos à lui. Devant ses yeux a défilé tout l'historique de mes recherches. J'ai été convoqué. "Alors comme ça, en douce, sans prévenir, tu prépares ton départ de la boîte ?" a-t-il balancé sans ambage. Puis il m'a grassement augmenté."