Comme d'habitude, j'ai voulu acheter une margarine en barquette qui ne parle pas d'artères. J'ai pas trouvé. On ne peut plus tartiner tranquille en ce bas monde, ni déjeuner sans avoir à penser à l'état de la tuyauterie interne. A les croire qui plus est, il suffirait d'avaler quotidiennement des louches de matières grasses végétales pour vivre centenaire.
J'en ai marre de m'écouter râler au rayon frais mais il faut bien l'avouer : tout m'énerve. Sauf certains trucs bêtes, comme la taille visiblement insuffisante de la serpillière que je viens de placer sous mon vasistas afin de recueillir la pluie qui traverse ce dernier avec une facilité déconcertante. Entendre les gouttes s'écraser sur le parquet a quelque chose de relaxant. Ça me calme au moins jusqu'au moment où je me promène en chaussettes.
Le spectacle de parents se plaignant chaque matin parce que l'école exige que leurs mômes se présentent avant 8h30 a-t-il contribué à mon irritabilité patente ? Le fait d'avoir été accusée de cacher des cas de grippe A dans le but probable de contaminer l'ensemble des élèves est-il pour quelque chose dans mon léger mal-être ? Voir les incessantes bagarres d'enfants - guerre de quartiers oblige - se poursuivre entre adultes à la sortie de l'école devant d'autres grandes personnes filmant la scène au téléphone portable est-il sans conséquence pour ma santé mentale ? Je me demande. En tout cas mes revendications d'enseignante commencent à évoluer. Je vais en toucher deux mots à mes chefs, tiens :
"Chère hiérarchie du très-haut, Je voudrais savoir comment aider les enfants en difficulté scolaire qui ne dorment pas suffisamment la nuit et vivent dans des contextes violents. Je vous remercie de m'avoir mise en lien avec la psychologue qui travaille dans les six écoles du secteur. En auriez-vous d'autres en stock que nous pourrions par exemple mettre dans les cartables ou distribuer à la sortie de l'école ? En attendant que vous donniez suite à ma demande, je vais relire la circulaire sur les aides possibles. Veuillez bien vouloir croire en l'expression de mes salutations respectueuses les meilleures. Marie-Georges Prof. PS : Je me suis lavé les mains avant d'écrire cette lettre."
Le croirez-vous ? La réponse était inscrite en lettres d'or dans la circulaire ministérielle :
Je commence à comprendre pourquoi je termine ma journée en scrutant le rayon beurre d'un œil vindicatif. La circulaire est à l'école publique ce que la barquette est à la margarine : une promesse difficilement tenable.
J'en ai marre de m'écouter râler au rayon frais mais il faut bien l'avouer : tout m'énerve. Sauf certains trucs bêtes, comme la taille visiblement insuffisante de la serpillière que je viens de placer sous mon vasistas afin de recueillir la pluie qui traverse ce dernier avec une facilité déconcertante. Entendre les gouttes s'écraser sur le parquet a quelque chose de relaxant. Ça me calme au moins jusqu'au moment où je me promène en chaussettes.
Le spectacle de parents se plaignant chaque matin parce que l'école exige que leurs mômes se présentent avant 8h30 a-t-il contribué à mon irritabilité patente ? Le fait d'avoir été accusée de cacher des cas de grippe A dans le but probable de contaminer l'ensemble des élèves est-il pour quelque chose dans mon léger mal-être ? Voir les incessantes bagarres d'enfants - guerre de quartiers oblige - se poursuivre entre adultes à la sortie de l'école devant d'autres grandes personnes filmant la scène au téléphone portable est-il sans conséquence pour ma santé mentale ? Je me demande. En tout cas mes revendications d'enseignante commencent à évoluer. Je vais en toucher deux mots à mes chefs, tiens :
"Chère hiérarchie du très-haut, Je voudrais savoir comment aider les enfants en difficulté scolaire qui ne dorment pas suffisamment la nuit et vivent dans des contextes violents. Je vous remercie de m'avoir mise en lien avec la psychologue qui travaille dans les six écoles du secteur. En auriez-vous d'autres en stock que nous pourrions par exemple mettre dans les cartables ou distribuer à la sortie de l'école ? En attendant que vous donniez suite à ma demande, je vais relire la circulaire sur les aides possibles. Veuillez bien vouloir croire en l'expression de mes salutations respectueuses les meilleures. Marie-Georges Prof. PS : Je me suis lavé les mains avant d'écrire cette lettre."
Le croirez-vous ? La réponse était inscrite en lettres d'or dans la circulaire ministérielle :
« dès qu’un élève rencontre une difficulté dans ses apprentissages, les aides nécessaires doivent lui être apportées dans le cadre du service public d’éducation »
Je commence à comprendre pourquoi je termine ma journée en scrutant le rayon beurre d'un œil vindicatif. La circulaire est à l'école publique ce que la barquette est à la margarine : une promesse difficilement tenable.








