Lundi soir, j'étais, comme claironné précédemment, invitée à la remise des prix du
C'était écrit comme ça sur l'invitation. "Laissez-moi passer, vous ne savez pas qui je suis !" me retins-je de beugler derrière un couple lambinant à la sortie du métro.
Les gardiens de l'entrée scrutaient ledit papier avant de nous diriger vers le vestiaire où des dames aux mains pleines de cintres collectaient ces invitations (mais pas les manteaux).
Ensuite il s'agissait de se diriger vers un monsieur posté devant l'ascenseur et de lui demander si c'était bien par là, la soirée Elle. Il fallait effectivement cheminer verticalement.
Une monstrueuse baie vitrée dévoilait un panorama parisien avec sa triomphante tour injectée de veines bleuâtres, à deux pas de là. Je commençais à me demander si c'était le bâtiment dans lequel je me trouvais qui était dans Paris ou l'inverse. Bref, ça n'allait pas fort. La capsule ascensionnelle ne me disait rien qui vaille :
"- Vous avez des escaliers ?
- Oui mais c'est haut.
- Bon mais je veux bien les emprunter quand même.
- En fait les escaliers ne vont pas jusque là."
Fichtre, pensai-je, si même les escaliers n'y vont pas...
Influente ou pas, il était hors de question que je me retrouve gigotant dans le vide, à un étage que même les escaliers rechignaient à atteindre. Je tournai les talons en pestant intérieurement contre les architectes tarés.
Sitôt les fesses posées sur une banquette en cuir, quatre hommes en costume surgirent hors de la nuit. Je venais visiblement de m'asseoir sur un interrupteur à vigiles. Je leur expliquai. Bienveillants, ils tentèrent de me rassurer en m'expliquant que le huitième étage était en fait le quatrième. J'acquiesçais tout en cassant un comprimé "nerfs tranquilles" entre mes canines.
Je retournai à l'ascenseur observer les vagues de blogueuses s'y engouffrant. Des grappes de jeunes femmes souriantes se faisaient avaler de leur plein gré. Puis, à force, plus personne. La soirée perchée devait battre son plein tandis que, bras ballants en bas, le ridicule ne me tuait pas.
Le planton empli de pitié se proposa de m'accompagner. J'acceptai mais mes jambes regimbèrent. Finalement, une blogueuse retardataire coiffée d'un bonnet rouge à grandes oreilles se pointa et, telle une vachette fascinée, je décidai d'embarquer avec elle.
En arrivant, je fus rassurée de voir que nous n'avions pas à nous tenir en équilibre sur une corniche surplombant le champ de Mars. Madame Elle s'exprimait au micro dans une drôle de pièce en forme de couloir à double niveau. Puis vint le tour de paroles de monsieur Wikio, puis celui de
Cathy Nivez. Ne me demandez pas de vous restituer le contenu des discours, je n'en ai aucun souvenir. J'étais trop occupée à chercher tout un tas d'évidences sur les visages de l'assistance.
J'entendis monsieur Wikio parler de la remarque d'
Olympe au sujet de l'absence des femmes dans le classement Wikio et à mon grand désespoir, il ne la présenta pas. Pas moyen de savoir où elle se cachait, ni qui était qui. J'étais bien avancée.
Je feuilletai un magazine
Elle posé devant moi et y reconnut en photo mon accompagnatrice à bonnet rouge. Je réalisai que j'avais pris l'ascenseur en tête à tête avec
la numéro un du sexe et n'avais rien trouvé de mieux à faire que de lui conter mes aventures de Barbie agoraphobe.
Accoudée au balcon, j'observai les crânes des lauréates de chaque catégorie - catégories dont je ricanais volontiers naguère - et mes a priori en furent chamboulés : la dame numéro un de la mode avait l'air d'une fille normale. J'éprouvai presque une légère admiration devant la lauréate de la catégorie beauté, une jeune femme de 20 ans qui, paraît-il, fabrique elle-même ses crèmes et file ses recettes dans son blog. Pas con, me dis-je.
Vint le tour de la tête d'affiche de ma catégorie : les chroniqueuses. Celles qui sont censées avoir un cerveau, pensai-je en me redressant fièrement. A l'écoute du discours de la gagnante, je constatai, dépitée, qu'il n'en était rien. Enfin, j'exagère un peu. Disons que l'hémisphère de la superficialité crasse tenait le haut de son pavé cérébral.
La voilà ânonnant que les blogs n'étaient pas faits pour dire des trucs sérieux et que pour dire des trucs sérieux y'avait le papier. J'imagine que pour les lois d'airain, y'a l'airain, etc. Je n'ai pas la même idée qu'elle des blogs mais c'est normal : j'affectionne avant tout les blogs politiques et littéraires, avec de vrais morceaux de gens dedans.
Catégorie maman/bébé, ah bin ça alors, encore une fille normale qui dit des trucs intelligents.
Catégorie sexe/love, la fille de l'ascenseur, wouah ! m'exclamai-je bêtement.
Toutes posèrent pour la postérité mensuelle, un bouquet de mariée à la main.
Puis ce fut la ronde des petits fours. J'entamai la conversation avec ma voisine, une fois le caméraman qui faisait des mises au point sur ma joue gauche décanillé. On se serait cru dans une réunion d'agents secrets :
- "bonjour, moi c'est Bouche de là, et toi ?
- Enchantée, je suis
Maman écolo.
- Oh ! Alors tu as un blog politique !" manoeuvrai-je habilement, pour détourner son attention de mon ignorance béante en matière de layette.
Elle m'expliqua qu'elle avait suivi des études politiques et avait un passé de militante. Nous causâmes de cela, de mon métier, de son entreprise et de l'école Montessori où elle venait d'inscrire son fils, pendant que des plateaux de bouchées multicolores défilaient :
- "Je suis pour l'école publique et laïque mais avec les projets de ce gouvernement, je ne veux pas mettre mon fils à l'école publique en ce moment.
- Saumon habillé de radis japonais à la vanille.
-
Merci.
- Je te comprends ! La pédagogie Montessori est passionnante et le ministre actuel se préoccupe de tout sauf de l'échec scolaire, qu'il agite pour justifier ses coupes sombres dans le budget de l'Education nationale.
- Lasagnes vertes à la mozzarella.
-
Merci.
- Il prône le retour en arrière, comme si ça allait améliorer les choses !
- Beignet d'écrevisse et sa pince à attraper le beignet.
- Merci (...)"
J'étais ravie d'être si bien tombée. Nous nous acheminâmes ensuite vers le buffet à champagne. Nous croisâmes Cathy Nivez, radieuse, et déclinâmes nos noms de code. Elle me dit qu'elle appréciait mon blog et voulut en parler à miss numéro un des chroniqueuses. "Il faut absolument que tu connaisses Bouche de là !" lui lança-t-elle. Sous les paupières de cette dernière, trop occupée à signer des autographes pour dire bonjour, cette expression : "je m'en cogne".
Cathy ne se démonta pas et nous présenta à une grande blonde d'un mètre quatre-vingts, mademoiselle Agnès de Wikio. Maman écolo et moi finîmes la soirée en causant critères wikio avec Agnès, jeune femme fort sympathique aux yeux rieurs, à l'écoute de toute suggestion et notant tout blog qu'elle n'était pas sûre d'avoir référencé.
Nous partîmes en reprenant l'ascenseur maudit. Devinez avec qui ? Mademoiselle n°1 du sexe. Je devais inconsciemment lui vouloir quelque chose. J'en plaisantai avec elle. Celle qui lui parlait sans discontinuer nous lança un regard de bouledogue aux aguets.
Nous eûmes droit à un joli sac plastique avec une clé USB et un exemplaire du magazine. Comme j'en avais déjà chourré un, je me retrouvai avec deux Elle. Malgré cela, je rentrai à la maison par voie souterraine.
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Vous venez de lire le récit de la soirée Elle telle que je l'ai vécue. Vous aurez remarqué que la n°1 des chroniqueuses n'est pas présentée sous son meilleur jour.
Ce ne sont que mes impressions du moment, vu au travers de mon prisme parfois paranoïde.
Loin de moi l'intention de vous souffler que cette personne n'est qu'une dinde superficielle puisque, comme vous pouvez le constater à cette lecture, nous n'avons pas échangé la moindre conversation ce soir-là. Je ne la connais pas.
L'intéressée m'a adressé un mail tout à fait aimable pour souligner qu'elle ne m'avait pas vue ce soir-là et qu'elle aurait été plutôt contente de me saluer.
Elle a ajouté qu'elle non plus n'avait pas aimé son discours au micro, qu'elle était mal à l'aise face à l'assistance et que sa superficialité affichée faisait partie du personnage de son blog.
Je la remercie d'avoir pris la peine de me donner son point de vue par écrit. Elle ne m'a rien demandé mais il me semblait justifié, au regard de ce que mon billet laisse (un peu vite) supposer, de vous préciser cela.