vendredi 9 mai 2008

Le don du don (mon père ce héros)

Aujourd'hui c'est une journée placée sous le signe du compteur. Je viens d'ailleurs d'en ajouter un à mes pages. Comme il n'aime pas les chiffres gonflés, il ne vous comptera qu'une fois dans la journée puis il se remettra à zéro à la fin de celle-ci. De mon côté, je vais aller compter les sous qu'on me prêtera peut-être. Ca va vous sembler dingue mais j'ai drôlement plus envie d'être à la campagne chez mon père que de visiter des banques. Je me prépare psychologiquement en griffonnant tout en buvant un café turc dont j'ai (fini par avoir) le secret (à force de casser mes cafetières).
Lors de mes dernières vacances chez lui, mon père voulait me donner une de ses douze cafetières, mais elles étaient toutes bien trop grandes pour ma studette parisienne. Il aurait fallu qu'elle occupe tout l'évier, ou qu'elle soit posée sur ma deuxième plaque électrique (la première étant déjà squattée par la bouilloire), bref j'aurais passé mes matins à contourner l'engin. J'ai expliqué. Alors il a cherché dans son placard à théières, puis dans l'armoire à tasses. Il en a sorti une spéciale tisane, même que y'avait écrit "la tisanière" dessus, avec un entonnoir de faience incorporé. Il m'a dit "T'auras qu'à découper un rond de sopalin, le placer dans l'entonnoir et hop, une tasse-cafetière !" Mon père il trouve toujours des solutions. J'ai continué sur ma lancée "Bin j'achète pas de gros rouleau d'essuie-tout, trop difficile à ranger. Et puis j'ai pas d'emporte-pièce pour découper des ronds de Sopalin." (chiante, moi ?). Face à mon immuable désarroi et mes inextensibles mètres carré, il m'a donné la recette du café turc. Il est comme ça mon père. Si j'ai un problème il va chercher quoi faire jusqu'à ce que ça marche. Et puis un jour ça m'a pris. A force d'hésiter à acheter une brique de lait d'avance parce que je n'aurais pas su où la ranger, j'ai voulu acheter un appartement. Il me fallait au moins 4 m2 supplémentaires pour y caser cafetière, rouleaux de Sopalin et briques de lait à mon aise, tout en restant à Paris vu que j'y travaille et que c'est joli. J'ai appelé mon père pour lui exposer mon souci : comment réunir des sommes folles pour espérer acquérir un deux pièces dans cette ville hors de prix ? Hé bien vous me croirez si vous voulez, mais sa première proposition fut la suivante : "Bin il faut vendre la maison". En gros, il se voyait quitter sa ferme et son jardin pour récupérer de quoi me payer un logement. Je veux bien être chiante mais de là à plumer mon père... Je l'ai donc invité à trouver d'autres idées, comme il sait faire. Il a trouvé une autre idée. Alors j'ai pu trouver un appart. Voilà pourquoi aujourd'hui je peux aller courir les banques.
Ce jour-là, j'ai repensé à ce qu'il avait dit de sa mère, disparue l'an dernier. Pour son enterrement à Lyon, nous avions été accueillis chez ma tante maternelle. Mon père lui avait raconté que sa mère était du genre à se priver de manger pour donner sa part à quelqu'un qui n'avait rien. Je me souviens que ça ne m'avait pas étonnée. Je la revoyais donnant de l'argent à tous les gosses de son HLM "parce que les petites pièces ça m'énerve". Elle était d'une douceur joyeuse et passait le plus clair de son temps à penser aux autres. Elle disait "oui, ça va" d'une voix se voulant guillerette, sur son lit d'hôpital. Ne jamais se plaindre était une vieille habitude. L'injustice de sa disparition se doublait de celle de l'anonymat des gens bien. Une perte pour l'humanité qui n'en savait rien, ça me foutait en rogne. Le jour de la cérémonie, nous serions deux à lui dire au revoir. Pour me consoler, je me mis à supposer que, lorsque quelqu'un d'aussi généreux mourait, il y en avait sûrement au moins un pareil qui naissait. Pareil, autant que, égal à ? Bof, impossible. Sauf que l'idée était parfaitement idiote. Ma grand-mère n'avait pas attendu de mourir pour transmettre à son fils ce don de donner.

3 commentaires:

Pepite2choco a dit…

Beau sens du partage, c'est admirable... Je suis généreuse, mais pas à ce point. J'hallucine qu'il reste encore des gens comme eux... C'est ce qu'on appelle la philantropie. Un riche milliardaire qui fait des dons colossaux au su de tous et en gonflant le torse n'est pas un philantrope. Mais ta grand-mère, elle, même si elle n'était pas milliardaire, était une véritable philantrope. C'est un bel hommage que tu lui fais là, et crois moi, je tenterai de m'en rappeller parce qu'elle le mérite bien...

Pepite2choco a dit…

Des gens comme elle... Pas comme eux! Je crois que je vais arrêter de poster à 2h55 du matin, ça fait des dégats... J'aurai honte en me relisant demain!

bobonne a dit…

Doux doux dis le don!