jeudi 12 juin 2008

La coulpe est pleine

Strozzi, L'incrédulité de Saint-Thomas, 1620
Je me sens coupable. Qu'est-ce que j'ai fait ? Rien. La question n'est pas là : on n'a pas encore trouvé de lien direct entre méfait et sentiment de culpabilité alors bon. Voici ce qui me travaille : je me paie le luxe d'un quatrième jour de congé maladie. Très bien, parfait. Non ! Car en plus d'une rhinopharyngite virale, je souffre d'une hypertrophie du surmoi. J'ai un très gros surmoi. Et réac avec ça. Je disais, il a entendu : je me PAIE un QUATRIEME jour de CONGE. Honte sur moi ! Honte sur moi ! La feignasse recompte ses plaies à l'ombre de son baldaquin tandis que la France se lève tôt. Qu'est-ce que c'est que cette instit de pacotille en flagrant délit d'abandon de groupe d'enfants ? La maîtresse a ses vapeurs et voilà, bonjour paresse ! Songe donc, insensée, à ces 27 paires d'yeux larmoyants à la vue d'une classe vide, à leur avenir compromis, à leur échec au bac, plus tard, par manque de bases solides, par défaut d'entraînement à l'entourage de gommettes au gros feutre ; ça commence là, les lacunes... Et puis toi, la souffreteuse, tu coûtes cher à la société. Déjà qu'un prof, bon. Mais là, pfiou, un vrai gouffre à cotisations. Pis t'as plein de temps pour tomber malade : t'as plein de vacances. Pis si tu mangeais cinq à dix fruits et légumes frais par jour tout ça n'arriverait pas.

Je vous l'avais dit, un vrai réac.
Certes, aujourd'hui je tiens debout et ma voix semble audible. Mais j'ai encore une flèche dans les reins, les tympans traversés de palpitations et la tête bien calée dans son étau. Du coup, 27 gamins format liliputien à la voix désinhibée, ça me paraît rude pour mon corps de Gulliver hypotendu. Je pourrais bien m'allonger au sol et les laisser me saucissonner avec du fil à scoubidou. Après ils me rouleraient dans le tapis à petites voitures comme ils savent faire, et me rangeraient bien comme il faut derrière les rouleaux de kraft. Au placard, la maîtresse hors service. Sauf que le virus me rend aussi irascible. Ahurie et irritée, à bout de force, j'aurais choisi la ruse immorale pour me faire obéir : "Si vous n'allez pas vous asseoir, bande de pois sauteurs hystériques, j'égorge ce doudou avec les ciseaux à bouts ronds !". Ce jour de congé, c'est aussi ça : un traumatisme collectif évité.

Epilogue : j'ai revu mon médecin. Il m'a demandé si je voulais me reposer jusqu'à la fin de la semaine. J'ai levé le menton et regardé l'horizon en prononçant ces mots : "demain, j'irai." Décision forte ? Non, fuite éperdue. Je ferais n'importe quoi pour échapper au sermon de ce gougnafier de surmoi, même commencer ma semaine un vendredi. La maladie chez moi n'est pas celle qu'on pense, mais rien de grave. C'est juste que chaque jour, au lieu d'épousseter mon édredon, je me plais à battre frénétiquement ma coulpe.

10 commentaires:

Audine a dit…

C'est ce que j'appelle, chez moi, les réflexes de bon élève.
On a été élevées à coups de culpabilisation : puisqu'on est capable de le faire, il faut le faire. On le doit.

Soigne toi bien, chouchoute toi.

Marie-Georges Profonde a dit…

C'est exactement ça ! Je m'énerve moi-même quand je me vois faire ma bonne élève...
Merci beaucoup Audine !

Dorham a dit…

Nicolas Sarkozy, sors de ce corps !
J'adore !

Dis tu connais cet artiste qui maltraite des peluches ? Genre un lapin poignardé par une carotte ? Si j'avais su, je t'aurais ramené une carte postale du Musée des Beaux Arts de Belgique. fantastique musée d'ailleurs. Et bientôt ouvrira celui consacré à Magritte !
Chouette...

Bon là, je m'emballe...

Juan Selenita de Siestacorta a dit…

Alors, le surmoi, il te fait culpabiliser.
C'est aussi lui qui te fait retourner au boulot alors que tu as encore de jolis symptômes.

Donc pour le remettre à sa place, il faudrait que tu ne fasse pas cours un jour où tu es en toute fin de convalescence poussée, genre le repos de la veille de prendre l'élan.

Et en profiter pour te faire un ciné, une glace énorme.
En rentrant tu te regardes dans le miroir et tu dis alors, tu veux encore jouer les sursurmois, ou je passe à la vitesse supérieure en allant danser ce soir ?

Marie-Georges Profonde a dit…

Dorham, je rê-ve de retourner en Belgique me faire quelques musées... Je ne sais pas qui poignarde des lapins avec des carottes. C'est le même que celui qui tatoue des cochons ?
Juan, merci pour la méthode, il fau que j'essaie ce traitement de choc ;)

Anonyme a dit…

Quand on est balâââde et qu'on est maikresse, fô pas aller travailler, sinon tous les zenfants sont balâââdes aussi après!!
amapola77

Marie-Georges Profonde a dit…

Amapola77, il faut bien que je me venge un peu non ? Parce que hein, c'est qui qui a commencé ! "Si vous n'êtes pas sages, je vous fais un bisou !"

Monsieur Poireau a dit…

Mais quand on parle de services publics, on parle de mission, ca dit bien ce que ça veut dire quant à la nécessité d'un engagement total, corps et bien, microbes compris. Allez retourne au taff et plus vite que ça !!!

[Rho cette coulpe coupable battue à tout propos, n'est ce point honteux ?]

:-))

Marie-Georges Profonde a dit…

Oui, sans compter que je suis censée "fonctionner"!
(Ahhh je n'avais point pensé à culpabiliser de battre ma coulpe, je m'y mets de suite !)

Tante May a dit…

comme dirait mon abruti de cher&tender - que j'aime tant pour ses abrutisseries, comme dirait : "plutôt que de vous battre la coulpe, mangez du poulpe".

(moi, j'aime pas trop ça, mais lui, il vient de Guadeloupe, alors...)

sinon, comme remède, j'ai une anti-télé qui fait nan'nan'nannannaaaan'nan!

jugez Pluto (ce chien vendu à l'uniformité culturelle) : http://mnw2.over-blog.com/article-19236820.html

buenvenuta en la Luna Baronessa (je sais pas le dire en écossais, en fait).
hein ?
oui-non, en italien non plusse, c'est vraiche.

bon ben, NaWatchaWat! ma Belle.