jeudi 19 juin 2008

Paf le tag


Brughel, La parabole des aveugles, 1568

Je découvre la pratique du tag dans les blogs. Définition soufflée par Dorham à mes ignardes esgourdes : "ça veut dire que je t'ai refilé un exercice imposé, un billet avec un thème auquel tu dois te plier..." Ah d'accord, merci.

Et paf le tag : que pensez-vous de la RATP ?

Héhéhé - ahem - eh bien voilà qui tombe dru euh à poings fermés enfin je veux dire à point nommé. J'avais justement pour projet la création d'un guide du routard complet à ce sujet : tout sur les lignes les plus sympas, les lignes bon marché, celles où l'on peut dormir etc. A part ça, je veux bien en penser quelque chose mais ne vous attendez pas à de la réflexion de haute volée avec de l'esprit qui brille. J'ai toutefois une arme imparable pour faire mon intéressante : une pratique provincialo-mondiale des transports en commun. Oui parce que la RATP c'est bien mais est-ce que c'est si bien comparativement aux TCL, à la STAS, au métro de Séoul et aux bus mexicains, mmmh ? C'est-y pas un beau sujet ça ? Qui c'est qui veut mon taaaaaag ? Non, je me contenterai en fait de distribuer le bien et le mal en parties égales. Comme ça, non seulement vous aurez lu un texte aussi dynamisant qu'une expo de santons de Provence mais en plus vous ne saurez pas vraiment ce que j'en pense. Fallait pas me taguer.

RATP, three points :

1- La RATP nous fait chanter. Véritable compil montée sur roulettes, notre rame nous invite, au gré d'un chapelet de stations, à fredonner tubes de toujours et airs d'antan. Pratique quand on a oublié son MP3. Le miracle est sans nom à la station Javel, on s'exclame "Mais oui madame !" à Ménilmontant, à Buzenval on s'interdit la chanson qui tue les mites tandis qu'aux Lilas rôde le fantôme du poinçonneur. Astuce pour varier le répertoire : changez quotidiennement de destination. Si vous trouvez le métro d'un horripilant ennui, c'est peut-être que vous n'y mettez pas du vôtre.
2- La RATP est généreuse. Longtemps, j'ai vénéré un petit carré plastifié qui portait le doux nom de "carte solidarité transport". 50% de réduction sur tickets et carte orange quand vous avez le budget rachitique, c'est pas de refus. Le métro est un luxe pour certains, comme pour d'autres le yacht des copains.
3- La RATP est inspirée. Elle affiche de petits poèmes perchés au-dessus du nez que vous portez justement haut pour respirer. Votre orteil se trouve broyé menu par un de vos covoiturés mais votre cerveau n'a rien remarqué, qui se régale de ces vers : "Paris, pour te dire merci, je te caresse avec mes pieds". Vous ne voyez plus du même oeil votre voisin-pilon.

RATP, pas glop :

1- Météor me fait peur. Vous savez, c'est ce métro qui se conduit sans les mains, sans les yeux, sans le moindre morceau de chauffeur. Monsieur Météor est un employé modèle : pas de grève, jamais malade ; ah c'est sûr c'est pas lui qui va la ramener avec ses histoires de congés, retraite et autre vie de famille. Nous, tout ce qu'on demande à un conducteur de métro, c'est de conduire. On se fiche de sa vie comme de notre premier bavoir ; d'ailleurs, on ne devrait embaucher que des conducteurs sans vie. Mais je m'égare. Météor ou la promesse d'un avenir fracassant : avec un nom pareil, vous vous dites que que votre destin est de finir tailleur de cratère, écrasé sur une surface inconnue. Au risque de paraître rétrograde, je trouve qu'un conducteur qui vous a vu accourir et vous attend avant de refermer les portes, c'est plus agréable qu'un dédain électroniquement assisté.
2- Quand on fait un changement d'un métro vers un bus ou vice-versa, il vous en coûte un deuxième ticket. "Sont fous ces parisiens", me suis-je dit la première fois. Chez nous autres, les TCL, un ticket = une heure, peu importe que vous alterniez rails et routes. Résultat ici, il faut bien réfléchir avant d'opter pour le kit néons blafards/ambiance forges de Vulcain/air vicié/portes dévoreuses, ou l'option vitesse avoisinant l'inertie absolue/plaqué à une vitre-rôtissoire ou réfrigérante selon saison/pénurie de points d'appui/valse du coup de frein. Muni d'un seul ticket, ce sera l'un OU l'autre et tant pis si votre trajectoire gagnait à utiliser les deux. Fourberie visuelle : des petits symboles trompeurs "T, M, Bus" sur les tickets sont là pour signifier "Avec ce titre de transport, prenez ce que vous voulez" mais rien n'indique "et restez-y".
3- Un "Veuillez patienter" à peine articulé résonna du haut du wagon plongé dans une pénombre sans bruit. Je me levai pour hurler "Et si je ne veux pas ?!" puis me ravisai devant l'évidence de devoir entamer le rationnement de mes dépenses d'énergie vitale. La perspective de passer 40 jours dans un tunnel surpeuplé sans eau ni ordinateur me ramenait à la raison. Je tâtonnai discrètement dans mon sac, à la recherche d'un bonbon à l'oxygène. Autour, les passagers continuaient à scruter résolument le néant par les fenêtres. Les bouches étaient parfaitement horizontales, de sorte que dans cette forêt de têtes impassibles mon angoisse ne pouvait débusquer la moindre présence alliée. J'allais crier quelque chose comme "Je vais mourir asphyxiée ou mangée par des usagers plus forts que moi et en plus je suis seule au monde ?" lorsque la lumière des néons papillonna enfin. Le métro repris sa route dans un joyeux roulis pétaradant. J'en ballotais de bonheur.
Le métro parisien, c'est la fin du monde au quotidien.

7 commentaires:

Monsieur Kaplan a dit…

Une blogueuse qui adule Georgius ne peut être fondamentalement mauvaise, et même ne peut qu'attirer mon attention la plus passionnée.

Qui que vous soyez, voulez-vous m'épouser ?

Marie-Georges Profonde a dit…

Oui.
Je rêve d'une chanson de Georgius en guise de marche nuptiale et cela n'a pas l'air de vous faire peur.
Ecoutez ça si c'est chouette...

Anonyme a dit…

comment ça tu te fais demander en mariage !!!
En tout cas moi je vote pour qu'on tag Marie georges. Oui, Oui défiez là, inspirez là.
Bisous ma belle

Gaël a dit…

c'est quoi TCL ?

Marie-Georges Profonde a dit…

Bisous ma Cé ! Le tag, à user avec parcimonie tout de même...
Gaël : transports en commun lyonnais (le hic c'est qu'on ne peut pas faire de blague genre "RATP : rentre avec tes pieds", ou alors ?)

Dorham a dit…

Excellent !

Le météor me fiche la frousse aussi. Et je le prends tous les jours puisque j'habite dans le 13e arrondissement de Paris.

Il y a deux portes. Une qui sépare le suicidaire du quai (qui ne s'ouvre que lorsque le train est bien aligné sur le quai) et l'autre qui constitue le sas du wagon. Quand les portes se ferment, c'est aveuglément. Je me dis qu'un jour quelqu'un va se précipiter, sa tête restera coincée entre les deux battants de la première porte et lorsque le train avancera nous aurons un corps sans tête au milieu du péquin...

A chaque fois que j'y pense, je me dis : "arrête d'y penser, arrête d'y penser". Concrètement, j'imagine que le train ne démarre pas si tout n'est pas ok et que les portes se réouvrent...mais je n'en suis pas sur, et cette incertitude suffit à me détruire la raison...

Moi, je ne peux pas t'épouser. je suis déjà marié et compte divorcer pour me remarier prochainement, avec la même, parce qu'elle est le seul être humain qui puisse me supporter au quotidien (je crois que la réciproque est vrai), mais j'espère au moins être témoin...

Allez, je mettrai une chemise à jabots...

Marie-Georges Profonde a dit…

Contente que mon texte plaise au tagueur que tu es !
Pour Météor, oui oui bien sûr !!! En cas de pépin, pas de bris de pékin, le métro reste sur place et les portes s'ouvrent, c'est sûr. Mais j'ai juste pas eu l'occasion de vérifier.
Heureusement, je n'épouse pas tous les blogueurs qui me font l'honneur de venir me lire. Le mariage, ça a l'air d'être ça : trouver quelqu'un qui nous supporte. Pas une mince affaire !