mercredi 4 juin 2008

Priorités à droite

Je me levai au son d'un micro-comptoir dont le sujet m'avait échappé. J'entendis : "c'est scandaleux. Y'en a marre. Qu'ils arrêtent de toujours changer les choses ! Ne touchez à rien et foutez-nous la paix !". Je me dis que oui. Qu'ils ont raison. Que c'est scandaleux, que moi non plus je n'en puis plus. "La réforme m'a tuer", décidai-je d'inscrire en lettres de sang sur les murs de ma chambre, avant de finalement opter pour un café.
La veille, j'avais assisté à une longue réunion pour décider de l'action de mon école, aux prises avec la suppression d'un poste dont tout le secteur a pourtant grand besoin : le poste itinérant qu'une enseignante occupe depuis sa création et qui se nomme "soutien lecture". Une prof qui, telle la Zorro sans zéro, mallette surprise en guise d'épée, débarque là où les mômes suent sang et eau pour comprendre quelque chose aux livres. Une femme pleine de ressources qui invite ceux qui pataugent dans l'écrit à entrer dans la lecture. Elle arrive sur la pointe des pieds, emmène avec elle un tout petit groupe d'élèves en difficulté et, ni vu ni connu, les fait travailler autrement. Elle est donc une bouée inespérée pour les naufragés du grand groupe classe. Vous trouviez cette démarche intelligente ? Eh bien, vous qui avez la chance d'avoir appris à tenir un stylo, mettez vos dons en pratique et faites une croix dessus. Y'en a marre de donner des moyens aux zones "prioritaires" d'éducation. Zip, la ZEP ! On ferme ! J'imagine votre perplexité, qui fut également mienne : quid de la volonté de soutien scolaire exprimée maintes fois par nos gouvernants et autres experts improvisés ? C'est très simple. Dans soutien il y a sou. Et les sous, c'est ce qu'on donne aux dirigeants pour qu'ils les gardent. Exit donc, madame soutien lecture. Elle était trop bien pour nous, les pauvres.
Nous avons donc longuement débattu pour savoir quelle action mener, sachant qu'il fallait arriver à faire grève sans fermer l'école. Nous avons opté pour la grève tournante. Chaque jour, trois enseignants de l'école iront en délégation au rectorat ou dans les assemblées générales, tandis que les autres accueilleront les enfants.
"Foutez-nous la paix et ne touchez à rien", s'emporta Dédé du Pas de Calais. Bien vrai ça. "Mais au fait qu'est-ce qui chagrine Dédé ?", m'interrogeai-je en versant des flocons d'avoine dans un bol, telle une laitière de Vermeer en pyjama. Dédé aurait-il entendu parler du poste de soutien lecture de ma ZEP ? "Ne sois pas stupide", m'assénai-je en balançant des raisins secs au même endroit. Autre lieu, autre combat. Scandale national : on supprime le numéro départemental de nos immatriculations. Finie, la ronde autoroutière des imbéciles heureux qui sont nés quelque part. Envolée, la querelle des "42 qui roulent toujours au milieu de la route non mais hé", des "38 péquenauds qui lambinent comme si y'avait leurs moutons devant" et des "69 crétins qui se croient les rois de la route" ! Heureusement que je ne suis plus conductrice lyonnaise pour assister à cette triste déconfiture. Mais je suis sûre que les autocollants à paillettes et autre tuning départemental fleuriront bientôt. Que diriez-vous d'un petit "fier d'être un 69" en fluo sur votre aile droite ? Trop de la balle ! En même temps, si plus personne ne sait les lire, c'est pas drôle...

6 commentaires:

Anonyme a dit…

j'y crois pas t'arrive encore à me surprendre tellement t'écris bien!!

Devant notre dégout du jour suite aux réformes annoncées de masterisation des profs et de fin des filières au bac ma chef nous a philosophiquement dit que notre "cher président" n'inventait rien et que tout ça était en carton depuis bien longtemps et en plus il parait qu'ils sont pleins les cartons ...

Marie-Georges Profonde a dit…

Coucou ma belle Cé,
C'est quoi ce nouveau trip de ta chef, et pourquoi pas "Nostradamus l'avait dit" tant qu'on y est ! Des cartons, y'en a plein, mais y'en a de toutes les sortes. On ouvre bien ceux qu'on veut hein !

Dorham a dit…

Héhé, et aussi fini le temps où l'été venu le parisien se fait vertement insulter parce qu'il est...parisien !

Parce que c'est fatiguant, il doit sortir de sa voiture et aller fouetter la joue du malappris.


Pour le reste, tu serais surpris de la position de nombre de gens sur le personnel de l'éducation nationale. Je crains que si Sarkozy est au plus bas dans les sondages, ses idées à la noix elles, ont bien contaminé les têtes...

Va comprendre.

Anonyme a dit…

Les 42 y conduisent super bien!!!
Souleiman

balmeyer a dit…

Excellent ! Peut-être que cette personne doit insister sur le fait qu'elle utilise les plaques d'immatriculation de nos régions pour enseigner la lecture ?

Nan, mais aussi, faut s'adapter, hein ! (et puis les ignares, ça fera des blogs en moins, plus tard).

Marie-Georges Profonde a dit…

Dorham : j'ai ouï dire cela, hélas... Mais je crois qu'il y a pas mal d'ignorance quant aux conséquences directes de l'application de ces idées. C'est aussi pour ça que ce genre d'exemple local est intéressant. Et finalement tout le monde se mobilise, pas seulement les militants aguerris.
Souleiman : je dirais même plus : leur conduite est exemplaire, mais au milieu de la route :p
Balmeyer : Hihihiii ! Je transmets illico l'idée à ma collègue !