vendredi 6 juin 2008

Illuminée de peu

Gilbert Garcin, Diogène ou la lucidité, 2005


Je rêve. J'ai eu une révélation sur ma vie là, pas plus tard qu'il y a dix minutes. C'était fulgurant et diablement éclairant. Seulement voilà, impossible de retrouver ce que c'était maintenant. J'ai beau me creuser, la seule chose qui me reste est ce "oh !" résonnant dans mon for intérieur tout baigné de lumière. Quel vicieux plaisir pousse désormais ma mémoire à me rappeler que j'ai su un truc sans me dire quoi ? Quel intérêt, après avoir jeté le bébé, de me refiler l'eau du bain en souvenir ?


Quand j'y repense c'est pire. En tâtonnant dans la vase du passé proche, évidemment, tout se brouille. Et d'autres souvenirs totalement inutiles remontent à la surface. Je fais appel à ma centrale mnésique, et là, c'est toujours la même chose : "Vous avez demandé une information vitale, ne quittez pas, une opératrice va vous répondre". Pour me faire patienter, on me propose cette réflexion qui me vint la veille, après m'être cogné le pied à celui de la table pour la hainième fois. Afin d'oublier ma douleur, je m'étais prise à rêver à un monde sans orteil, à me figurer la dégaine qu'on aurait en marchant, à croire en l'avènement de cette espèce évoluée d'humanoïdes aux arpions ramenés à l'essentiel, pour clore le chapitre en me disant qu'une bombe nucléaire tomberait avant. Bon, c'est bien gentil, mais c'est pas ça qui va me rendre ma révélation perdue. Allez quoi, gentils neurotransmetteurs, soyez sympas ! Pour une fois que j'avais tout compris à la vie, pfff...


C'est par ici, pour voir l'oeuvre du photographe Gilbert Garcin.

10 commentaires:

roudodoudourou a dit…

C'est incroyable, en effet, le nombre d'idées lumineuses qui nous traversent et reparte aussi vite!
C'est presque agaçant ces illuminations trop furtives.
Ton beau texte nous fait bien ressentir cela.

On peut aussi avoir cette impression en se réveillant d'un rêve.

Et merci pour le lien vers ce photographe que je ne connaissais pas et qui me plait bougrement...

Marie-Georges Profonde a dit…

Merci pour ton commentaire. Oui pour les rêves : tiens, pas plus tard que ce matin (...) Et l'inverse, ces souvenirs qu'on aimerait oublier et qui reviennent se moquer de nous, c'est d'un crispant aussi !
Le photographe, c'est une amie qui me l'a fait découvrir il y a peu. J'aime aussi son univers, en particulier la thématique du couple.

mag a dit…

Il m'arrive aussi parfois d'être 'fulgurée'. Alors, je me dis:'faut que je note! sinon, je vais oublier' et généralement, le temps de trouver un crayon et un papier (si ma main n'est plus dispo) ça n'est déjà plus qu'une impression. Frustration extrême effectivement!

Quant au monde sans orteils, j'y éliminerais également les genoux, les coudes, la tête (alouette)...Ne soyons, finalement, que de purs esprits...fulgurés autant que possible ;-)

Marie-Georges Profonde a dit…

Bonjour Mag !
Ahh mais moi je me dis que c'était tellement éclairant que jamais je n'oublierai. On est présomptueux ou on ne l'est pas !
Quant au pur esprit, ça peut être pratique mais pas tout le temps ! Le mieux serait d'avoir un corps clignotant...

Tarama a dit…

Mais à terme l'homme perdra naturellement un de ses orteils, le tout petit, qui ne lui sert à rien! C'est l'évolution.
(En parlant d'idée fulgurante, je me demande bien à quoi peuvent nous servir les poils du maillot.)
Bravo pour ton blog, découvert via ladies room, tu as une écriture très riche, beaucoup d'humour, et en plus tu es de gauche.
I'll be back...

mag a dit…

Rôh merde! C'est vrai que j'ai pas dis bonjour! Mauvaise habitude que j'ai!
Bonjour Marie-Georges Profonde.

Et bien vu pour le corps clignotant! Je prend l'option!
;-D

Marie-Georges Profonde a dit…

Merci et bienvenue Tarama ! La question est alors de savoir si l'humain sera encore l'espèce dominante sur terre lorsque nous en arriverons à 8 orteils ?
Mag : pas grave, moi c'est pareil, il m'arrive de dire bonjour à ceux qui viennent sur mon blog mais pas quand je commente chez les autres.

PipoBanjo! a dit…

Rapport à votre (très bon)texte d'ailleurs je voulais vous dire, j'ai pensé à un truc super...ah mince...

PS : un grand merci pour vos commentaires, vraiment.

bobonne a dit…

Et moi qui croyais que tu n'aimais pas le surrealisme...

Marie-Georges Profonde a dit…

Bienvenue et merci Pipobanjo ! Ce fut un vrai plaisir de te lire et je rôderai souvent sur tes pages...
Bobonne, oui je crois que je t'avais dit une fois que je n'appréciais guère la peinture de Dali. Mais ça ne veut pas dire que je rejette en bloc le surréalisme. Juste qques toiles de Dali !