jeudi 26 février 2009

le tag formule trois en un

Barcelo, Multiplication des pains et des poissons I, 2002
c'est aussi la réponse au tag photo et hop :)
Ça illustre mon propos, ça tombe bien.
C'est donc une formule illustration 2 en 1


Allez, je vous fais un petit bouquet de tags vendu trois sous, il est beau mon bouquet msieur dame...

J'ai reçu des mains de sieur Romain, illustre concepteur de la lyonnitude, le tag des livres qu'on lit, après quoi Mathieu L. m'élut grande réceptrice du tag de la sixième image de notre dossier photos le plus récent, suivi par notre rongeur préféré qui me cita, avec technique et une certaine emphase, parmi ses 7 blogs préférés, de quoi largement bicher en faisant la roue sur le rebord de ma fenêtre Firefox.

Le deuxième tag étant réglé ci-dessus, je le colle dans le dos de Flo Py, Mtislav, Audine et Zoridae. Passons maintenant au premier tag. Il s'agit de répondre à des questions sur le thème de ses lectures. Tout est là :

Plutôt corne ou marque-page ?

Ça dépend.


As-tu déjà reçu un livre en cadeau ?
Le dernier, La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier, m'a été offert par une araignée littéraire.

Lis-tu dans ton bain ?
Oui mais comme je n'ai pas de baignoire, je ne sais pas si ma réponse est pertinente.

As-tu déjà pensé à écrire un livre ?
Oui. Mes aïeux sont une source d'inspiration infinie.

Que penses-tu des séries de plusieurs tomes ?
Ah, faut penser, là ?

As-tu un livre culte ?
Celui que je comprends le moins : Le Capital de Marx. S'il y a des trolls de droite qui traînent ici, c'est le moment de vous moquer.

Aimes-tu relire ?
Oui, les essais surtout. Deleuze, Arasse, Didi-Huberman et la beauté malade de D H Lawrence sont ceux que je rouvre.

Rencontrer ou ne pas rencontrer les auteurs de livres qu'on a aimé ?
Pour un roman, bof. Pour un essai, oui.

Aimes-tu parler de tes lectures ?
Oui, pour savoir si j'arrive à en parler.

Comment choisis-tu tes livres ?
J'ai une amie un peu spéciale qui les choisit à l'odeur, mais pour ce qui me concerne je fais comme tout le monde. Ce que je regarde, dans l'ordre : titre, qui est l'auteur, quatrième de couverture, incipit et page 123 (ou à peu près).

Une lecture inavouable ?
Mars et Vénus ensemble pour toujours. Évidemment je le lis en m'esclaffant. Évidemment.

Des endroits préférés pour lire?
Mon lit ou un train express régional.

Un livre idéal pour toi serait ?
Un livre qui ferait aussi la vaisselle.

Lire par-dessus l'épaule ?
Je viens d'essayer. Ça doit faire mal au bout d'un moment.

Télé, jeux vidéos ou livre ?
Je passe plus de temps sur les jeux : Geo Challenge addict.

Lire et manger ?
Non, on ne s'entend plus lire. On ne se voit plus manger.

Lecture en musique, en silence, peu importe ?
Musique, classique ou jazz, en tout cas sans paroles.

Lire un livre électronique ?
Qu'importe le flacon.

Le livre vous tombe des mains : aller jusqu'au bout ou pas ?
Non, la vie est assez moche comme ça.

Voici ceux que j'intime de répondre au questionnaire ci-avant : Cochon dingue (quand elle sera revenue de son tour du monde à pied en dix jours), Fab-Fab, Balmeyer, Zoridae et encore Audine parce que Audine quoi.

Ne partez pas sans prendre connaissance du troisième tag : donner mes sept blogs préférés. Je vous préviens, j'en préfère bien plus que sept. Dommage que je n'aie que quatre blog-rolls, sinon je vous en aurais livré une entière à chaque fois. Et puis il y a ceux qui n'y sont pas et que j'aime aussi. C'est donc avec un certain déchirement que je vous offre la portion congrue de mes favoris. Après les sept samouraï et les sept mercenaires de Gaël, que me reste-il ? Les sept nains, les sept péchés capitaux, les sept de table, la nationale sept... Nous y sommes. En hommage à mon chanteur culte Charles Trenet, voici ma route nationale sept des blogs :

- Audine, oui bon encore, je sais ;
- Zoridae, je vous ai déjà parlé de Zoridae ?
- Dorham, simplement parfait ;
- Malbeyer, j'ai vraiment une tendresse particulière pour ce blog ; rien à voir avec le fait que le petit Malbeyer fut mon élève. Au boulot Malbeyer, je sens que tu relâches tes efforts, c'est mal...
- Archimia, un blog peint à la main ;
- Mtislav, qui trouverait un porte-avion anarchiste dans une botte de foin ;
- les blogs de gauche. Parfaitement, ce sont tous mes préférés. Je suis pour l'égalité des droits dans la préférence. Nous sommes tous des blogs préférés.

Sur ce dernier sujet, je tague Eugène Delacroix, Che Guevara, Charles Trenet et Daniel Arasse.

lundi 23 février 2009

Belle sans les mains

En revenant de chez mon psy cet après-midi, je trottais sur une avenue peu amène, la tête pleine de ce qui venait d'être dit. Je trouvais incroyable qu'on puisse, en une demie heure, zigzaguer de ses six à ses douze ans jusqu'à demain, tout ça en partant d'hier. La magie du dialogue introspectif.

Tandis que mon for intérieur ricanait au souvenir de mes paroles de petite fille, un inconnu en forme de beau jeune homme me barra la route. Il prit un ton de conseiller fiscal pour m'aborder : "Vous êtes une belle femme. Mais c'est pas élégant de garder les mains dans ses poches". Puis il s'en retourna charger sa camionnette.

J'eus le temps de bredouiller "Je... Merci bien, ah ?" avant que mes jambes ne me transportent devant un banc auquel étaient attachés trois chiens, à qui j'offris mon sourire reconnaissant. J'étais belle et à deux doigts - ou deux mains - de l'élégance, la chance ! Il ne me restait plus qu'à dégainer mes mains pour que tous soulèvent leur chapeau et m'en demandent une. Je décidai néanmoins de garder cette marque de bon goût pour un jour plus chaud.

Mon cerveau, échauffé par le ping-pong mental qui avait précédé ce conseil beauté, dégota par analogie une réflexion surréaliste que mon directeur de l'an dernier m'avait adressé, interloqué :
- " Tu ne vas pas rentrer chez toi comme ça !
- Comment comme ça ?
- Mais enfin Marie-Georges !"
Il s'agitait, semblait hésiter entre la colère et la pitié, entre tourner les talons en m'abandonnant à mon triste sort ou prendre le temps de refaire mon éducation, et moi je ne voyais toujours pas ce qui pouvait m'empêcher de prendre congé de mon lieu de travail. Je jetai quand même un œil rapide vers le bas afin de vérifier que je n'étais pas en tenue d'Ève sans m'en rendre compte, mais ce n'était pas le cas. Au bout d'un moment, d'une voix exaspérée de prononcer l'évidence, il précisa :
- "Mets ton sac plastique dans ton sac à dos ! Tu ne vas pas te promener comme ça avec un sac plastique à la main voyons ! C'est pas beau !"
Je m'esclaffai et lançai un "Oh mon dieu !" Rotschieldien. Ses sourcils restaient agrippés à la base du nez. Je compris que l'affaire était sérieuse sans parvenir toutefois à palper par moi-même la gravité de la situation.
- "Imagine que tu rencontres l'homme de ta vie ce soir dans le métro !
- Je ne rentre pas en métro.
- Mais même ! Tu peux pas... Tu vas pas..."
J'obtempérai par égard pour les nerfs de mon - d'habitude charmant - directeur. Ainsi donc, il fallait être belle, et sans sac, pour provoquer la rencontre avec le fameux homme vital. Je me souviens m'être vue chantonner, en imitant Vartan, ce soir je serai la plus belle pour rentrer chez moi...

Hier, c'était plutôt avec un air de Bécaud dans la tête que je passai la soirée. Je n'arrivais pas à dormir et me faisais rire jaune en me repassant la solitude, ça n'existe pas... Deux heures après, je décidai de rallumer l'ordi en attendant un marchand de sable visiblement à la bourre. Je tombai sur un article un brin alarmiste : "Facebook donne le cancer". J'appris que se couper du monde donnait des maladies, qui sème le virtuel récolte le cancer, et que la solitude tue. Ce soir, avant d'aller me coucher, je vérifierai que mes mains sont hors de mes poches, des fois que ça joue.

image : Vénus de Milo, v. 130 av JC

dimanche 22 février 2009

Escampette et publications sauvages

Ingres, Jésus remettant à saint Pierre les clés du paradis, 1820


Aujourd'hui, je délocalise mes billets. La première délocalisation a lieu chez Carla, mais bon, ce n'est pas un vrai déménagement puisque c'est chez moi aussi.
En revanche l'autre billet du jour vient d'être posté chez une jeune femme inconsciente, partie quelques jours à l'étranger en me confiant les clés de son blog. Quand vacances riment avec imprudence...
Tout cela ne m'empêchera pas de venir geindre ici comme à ma vieille habitude. C'est bien simple : même lorsque mon blog est fermé définitivement je publie un billet. Vous avez dit addiction ?

mercredi 18 février 2009

Aller bien

Gérard de Saint-Jean, Saint Jean Baptiste au désert, v.1480

- Vous êtes déjà venue ? On se connaît ?
- Non. Enfin une fois, il y a trois ans.
- Donc c'est pas non.
- Oui.
- Que se passe-t-il ?
- Docteur, je suis venue vous demander de m'ordonner de rappeler mon psy.
- Hé bien, vous devriez rappeler votre psy.
- Merci docteur.
- Bon mais, pourquoi aviez-vous arrêté de le voir, d'ailleurs ?
- J'allais bien.
- Il faudrait vous demander ce que signifie aller bien pour vous.
- Arrêtez, on dirait mon psy.
- Je suis généraliste certes, mais j'exerce également en tant que psychothérapeute. Donc ce que vous racontez m'intéresse.
- C'est évident non ? Un peu évident. Aller bien, c'est quand ça va, enfin je... Vous voyez quoi. On n'a plus de prob... Euh si mais ça va malgré tout. On sourit, quoique, non on pleure aussi mais pas pareil. Là je pleure triste, voyez. Aller bien, c'est pleurer léger.
- Rappelez votre psy.
- Merci docteur.
- Pourquoi avoir attendu ?
- C'est cher.
- Oui. Mais là, vous payez d'une autre manière.
- C'est pas juste ! Aïe, si mon psy m'entendait... Mais flûte quoi, payer pour supporter la vie, vous trouvez ça normal vous ?
- C'est plutôt pour vous supporter vous.
- Ce n'est guère mieux. J'ai un salaire juste bon à manger de la purée lyophilisée sous une mezzanine et mon travail me colle le cafard. Je pratique un métier à risque qui m'oblige à me faire reluire les nerfs chaque semaine et je ne perçois aucune prime à la déprime. C'est pas juste. Zut, je l'ai redit.
- Vous avez un copain ?
- Euh non. Mais j'en ai eu hein, plein. Des fois trop. Pis j'ai arrêté. Ça virait au remplissage.
- Vous fumez ?
- Euh non. Mais j'ai fumé hein, plein. Des fois trop. Pis j'ai arrêté. Ça virait au remplissage.
- Rappelez votre psy.
- Merci docteur.
- Il y a autre chose ?
- Hé bien c'est délicat à avouer mais je crois avoir décelé chez moi une tendance au comportement addictif.
- Tiens donc.
- En ce moment c'est terrible.
- Vous vous remplissez à quoi ces temps-ci ?
- Je suis accro aux jeux vidéos et à la purée lyophilisée. Il me faut mes huit heures et trois litres par jour. La nuit, j'ai mal aux yeux et au ventre.
- C'est normal.
- C'est vrai ? Ça alors... Vous aussi ?
- Je parlais des maux de ventre. Rappelez votre psy.
- Merci docteur.

mercredi 4 février 2009

La bouche ferme

Francis Bacon, La femme assise, 1961

A force de raconter sa vie, Marie-Georges s'est fait aspirer par son nombril. Elle tapotait mollement sur son clavier, comme à son habitude, lorsque cela se produisit. Engloutie, les mains dépassant à peine suffisamment pour atteindre les touches, la voilà dans de beaux draps.
Elle n'est donc plus en mesure de tenir ce blog. Elle remercie vivement tous ceux qui ont pris la peine de venir lire et commenter ses billets.

(Moi je dis qu'un jour ça me reprendra peut-être...)

Mon blog politique

Degas, Le foyer de la danse à l'opéra, 1872

Il paraît qu'une différence fondamentale existe entre blogueuses politiques en jupons et leurs équivalents à cravate.

Désormais, lorsqu'un blogueur théorise sur la différence blogueurs-blogueuses politiques, j'ai envie que plus personne ne s'en aperçoive.

Il paraît donc qu'une blogueuse a tendance à parler d'autres choses sur son blog politique alors que son équivalent testostéroneux, plus cohérent par nature, ne s'écarte jamais de la droite ligne éditoriale de son blog. Ouarf...

Hé ! C'est faux. Mais si vous préférez y croire je veux bien vous laisser ce plaisir (pas longtemps quand même). D'abord, un blog, c'est de l'écrit avec un humain derrière. Si l'envie lui prend de partager ses lectures, ses anecdotes au boulot ou sa condition de blogueur entre deux billets politiques, il a bien raison de le faire. A partir du moment où ses opinions politiques sont régulièrement affichées et des sujets politiques fréquemment débattus, c'est un blog politique. Il me semble. Bin pour les filles c'est pareil.

Rien de bien méchant ? Si. Quand un homme (ou une femme, le machisme n'ayant pas l'exclusivité du genre) commence à s'aventurer dans une théorie fumeuse englobant l'ensemble de la gente féminine, j'ai mal à mon moi-je.

J'avais pas mal fulminé en constatant que les blogs féministes n'étaient même pas répertoriés comme politiques au wikio, c'est à présent chose faite, ouf !
Ce qui est décourageant, c'est de devoir sans arrêt prouver quelque chose voire rappeler des évidences dès lors qu'on n'est pas né avec un costume trois pièces. J'en termine ici avec mon courroux du jour.

Pour donner raison au machisme ordinaire de certains, j'ai décidé d'ouvrir un blog politique. Comme ça, je me contenterai de geindre sur ma vie ici tandis que je me plaindrai des réformes un peu plus loin. Ca s'appelle du vol de cohérence ou je ne m'y connais pas.


Là où je me tire une balle dans le pied, c'est que mon nouveau blog porte un nom de femme (et quelle femme !) et que j'ai assorti les couleurs de ma bannière à son tailleur. C'est ma touche "girly" à moi. En vidéo, le célèbre "Vous avez chaud ?" de notre chaud-man préféré.
Ce n'est pas parce que je suis une fille que je suis prête à défendre le dépoilage programmé de certaine face à une foule de décérébrés enthousiastes. Qu'on ne vienne pas me dire que la faute revient à l'homme ayant tout orchestré ; elle est elle-même, me semble-t-il, dotée d'un cerveau capable de discernement ! C'est en tout cas une des séquences en images qui m'a le plus choquée ces derniers temps. Parce que je déteste le machisme ordinaire.

Voilà ! Si l'envie vous prend de zyeuter mon ébauche de blog politique, c'est par ici.

vendredi 30 janvier 2009

Les jolies colonies (3)

Delacroix, le prisonnier de Chillon, 1834


Nous sortons du car et nous dirigeons vers l'écurie. Je regarde autour de moi : des arbres à perte de vue, un chemin, et de l'autre côté un bâtiment en L avec une piscine arrondie. Pas un truc carré où les enfants doivent s'agiter jusqu'à épuisement, non, un riant bassin en forme de ventre mou où j'aperçois, nonchalamment étendues au soleil, deux des évadées de chez nous. Libres comme l'air. C'est là que je veux - que je devrais - être, en train de faire l'étoile de mer sur une serviette.

Les moniteurs nous rabattent vers les écuries. Celui qui me fera m'asseoir sur un animal hennissant, brayant ou blatérant n'est pas né. Je cède volontiers ma place aux impatients. Un petit groupe emprunte le chemin boisé au trot tandis que nous attendons notre tour. Le moniteur ridicule part en éclaireur sur un vieux cheval gris qui pète tout le temps.

Je me dirige vers la monitrice en bermuda beige, celle qui me prend le plus souvent en pitié.
"S'il te plaît, en attendant les autres, est-ce que je peux aller rendre visite à ma copine dans la colonie ? S'il te plaît !"
Elle jette un regard vers le bâtiment et me donne son accord.
"Pas plus de dix minutes hein !"

Je cours jusqu'à l'entrée. A l'intérieur, un adulte me demande qui je suis. J'explique que ma colonie m'envoie transmettre un message à ma copine et qu'il faut que je trouve sa chambre de toute urgence.
"Va voir au premier étage, demande aux filles de te montrer où est sa chambre mais je crois qu'elle n'est pas là."

Zut. Je monte les escaliers quatre à quatre. Je tombe sur deux filles de mon âge qui me disent qu'elles partagent sa chambre et m'y accompagnent.
-"Elle n'est pas là mais elle va revenir. Tu peux l'attendre ici.
- Oh, vous avez des chambres de quatre lits ! Et vous avez le droit de rester dedans !"
Nous échangeons sur le fonctionnement de nos colonies et elles écoutent, effarées, la description de mes journées.
Ma copine arrive. Elle n'a pas l'air étonnée de me voir. En fait elle a une drôle de tête. Elle se dirige droit vers son lit et s'allonge.
- "Tu es malade ?
- Oui, depuis hier. Ils m'ont emmenée voir un médecin, là.
- Et ?
- J'ai fait une indigestion de paella.
- Toi alors ! Tu fais des indigestions de paella ! Ca risque pas de m'arriver !"
Je lui raconte le dortoir, le sport toute la journée, le ménage des chambres, le coup de sifflet du matin... Son visage se tord.
- "Arrête de me faire rire, j'ai mal au ventre !"
J'ai envie de rire avec elle et de pleurer aussi. Ses camarades de chambre sont gentilles ; tout, jusqu'à sa maladie, paraît paradisiaque.

Une monitrice entre et prend des nouvelles de ma copine. Elle se tourne ensuite vers moi et me demande d'où je viens, puis me précise d'une voix calme que je n'ai pas le droit d'être ici. Je suis renvoyée dans mes quartiers. Je prends congé à regret et reviens vers le troupeau de footeux qui attend son tour d'équitation. Je lis dans les yeux de miss bermuda que j'ai dépassé les dix minutes. Elle me propose un tour. Je refuse tout : fières juments, vieux cheval souffreteux, poneys énervés, carrioles... Plutôt mourir !
Nous reprenons le car en fin d'après-midi. Encore trois semaines à tirer. En regardant s'éloigner la résidence de ma copine et sa piscine ondulant, le front appuyé sur la vitre, je rêve d'une indigestion.

jeudi 29 janvier 2009

Blog en grève

Je me joins à l'opération blog en grève du Grodem.
Merci aussi à CC pour le logo rouge !

lundi 26 janvier 2009

Les jolies colonies (2)

Barcelo, Tomate central, 2004

Tous les matins c'est pareil.
Coups de sifflet à 6h30 : il faut se lever. Le vieux moniteur chauve, en short et chaussures de foot, est en pleine forme. Il passe dans les couloirs en nous vrillant les oreilles. Je me demande si c'est le sifflet qui le rend aussi jovial.
Nous avons une vingtaine de minutes pour nous bousculer aux toilettes et enfiler une tenue de jogging.
J'ai mal dormi. Je suis tombée de mon lit superposé en pleine nuit. Je me suis réveillée au moment où la chaise qui sert de chevet à ma voisine du dessous était à deux doigts de ma tête. En grimpant à tâtons sur la petite échelle métallique pour regagner ma couche, j'ai entendu la monitrice étouffer un rire sous ses draps.

On se dépêche, vite, un tee-shirt, un jogging, vite, tous en bas.
Il fait déjà chaud. Le parc sent le pin séché et l'abricot. On part à petite foulée. Je m'arrête de courir chaque fois que je passe derrière un bosquet. Le verger et le bois que nous traversons regorgent de planques.
Après le petit-déjeuner et la douche, c'est danse pour nous. Le troupeau de garçons se dirige vers le terrain de foot.
"Vous allez choisir une plante dans le parc et essayer de l'imiter". Ô chance, l'occasion de me cacher encore !

En basket, je fais comme à l'école. Je joue à marcher comme une funambule sur la ligne qui délimite le terrain ; je ne m'occupe pas de ce qui se passe dedans.
Je saisis toute opportunité de fuir. Je suis volontaire pour aller remplir les gourdes. Je traverse l'allée bordée de quelques rosiers un peu secs. Je trottine jusqu'au bâtiment avec les bouteilles, partagée entre l'envie de flâner et celle de mener à bien ma mission afin de conserver ce précieux rôle. En revenant, je cherche une nouvelle idée pour m'échapper.

Ce midi, le menu annonce une paella. Dans le plat en inox, des grains de riz flottent dans un liquide brun. Au goût, on sent bien l'eau du riz. Je savais pas que c'était ça, la vraie paella.

Quand l'heure de la piscine arrive, je désespère. Impossible de lézarder, les moniteurs font tout pour que nous nous activions d'une manière ou d'une autre. Je reste à barboter là où j'ai pied pour leur faire plaisir.

Ils sont ridicules. Il y a le blondinet à moustache. C'est le beau gosse de l'équipe. Je le déteste. C'est lui qui a dit devant mon père que je ne serais pas obligée de jouer au basket. Tu parles !
A la piscine, il adore jouer avec les grandes de quatorze ans. Surtout celle qui a un maillot blanc qui devient transparent une fois mouillé. Il l'enlace lorsqu'elle sort de l'eau. Elle rit d'un air pas dupe et lui demande pourquoi il fait ça. Il marmonne "hein", les yeux rivés sur sa poitrine. Le deuxième moniteur est aussi minable, mais dans un autre genre. Il a l'air d'admirer le beau et de vouloir l'épater. Il est brun, les cheveux en brosse et a de toutes petites jambes; on dirait des saucisses cocktail. Il marche les bras arqués, entendez : par excès musculaire. Quand il plonge, il se cambre dans le mauvais sens et fait des soubresauts de carpe avant d'entrer dans l'eau. Puis il sort et actionne ses saucisses afin de vite retourner au plongeoir.

Je me demande comment elles ont fait, les trois évadées. Je cherche par quelle fenêtre elles ont bien pu sortir. En tout cas à l'heure qu'il est personne ne les oblige à bouger dans l'eau après une journée de torture.

Le soir, une annonce : "Demain nous irons faire du cheval."
Misère...
"Nous irons dans une colonie qui possède une écurie, à Bisbal".
Oh ! La colo de ma copine !
Je passe un moment dans mon lit à fixer le plafond et ses constellations de moustiques écrasés. Demain je me roulerai par terre jusqu'à ce qu'ils me laissent rendre visite à ma copine. Je m'endors vite. La nuit, je tombe encore.

dimanche 18 janvier 2009

Les jolies colonies (1)

Miro, Danseuse, 1925

J'ai onze ans et demi et c'est bientôt les vacances. Ma nouvelle copine de collège me parle de drôles de trucs.
- "Moi cet été je vais en colo !
- C'est quoi ?
- Tu connais pas ? C'est super : on est avec d'autres jeunes et on fait plein de choses. On part en excursion, on fait des veillées... J'ai même fait de la voile une fois. Et de l'équitation. Des fois y'a une piscine.
- C'est quoi des veillées ?
- C'est quand on se couche tard.
- Ça a l'air bien !"
Ma copine me propose de l'accompagner cet été. L'opportunité est trop belle.

Je me demande ce que vont en penser mes parents. La dernière fois qu'elle m'a parlé d'un truc génial, ils ont fait mine de ne rien entendre lorsque je les ai abreuvés de questions. J'avais découvert que toutes mes copines du lotissement s'amusaient après l'école. Ma camarade m'avait parlé d'un lieu qui ressemblait à une classe rigolote, avec un tableau où on dessinait des fesses avant que le prof arrive. Mais elle n'avait jamais réussi à me dire ce qu'on y apprenait. Quant à mon père, il s'est contenté de hausser les épaules lorsque je lui ai demandé ce qu'était le catéchisme et pourquoi tout le monde y allait sauf moi.

En arrivant à la maison, je m'arme de courage devant la perspective de rester sans réponse parentale. S'ils ne sont pas d'accord, c'est décidé, j'userai de ma capacité à insister d'une voix insupportable jusqu'à ce qu'ils craquent.

Ils sont d'accord.

Ma copine m'a donné toute la marche à suivre. L'inscription se fait par téléphone. Je devrai préciser la ville : Gérone en Espagne.
Je sautille de joie, je vais partir en vacances sans mes parents et avec ma copine !

Peu de temps avant le départ, je reçois un papier me demandant si je m'inscris en danse ou en basket. Je suis bien embêtée. J'appelle ma copine. Elle n'a rien reçu. On se rend compte qu'on ne s'est pas inscrites dans la même colonie.

- "Mais j'ai fait tout ce que tu m'as dit ! J'ai dit Gérone !
- En fait je suis pas exactement à Gérone mais à cinq kilomètres de là. Zut c'est bête, y'aurait deux colonies dans le coin ?
- Je vais me retrouver toute seule pendant un mois ! En plus il faut faire du basket !
- On demandera là-bas si on peut changer."

J'entends que l'incongruité de ma situation fait pouffer ma copine et ça m'énerve encore plus. Avec sa bourde, je me retrouve inscrite dans une "colonie sportive" alors que je suis bonne dernière en EPS et que j'ai une phobie prononcée pour les ballons sous toutes leurs formes.

Le jour du départ, mon père explique le cas à un des animateurs. Impossible de changer. Mon père lui touche deux mots de mon aversion profonde pour les jeux de ballon. Le mono me dit que je ne serai pas obligée de faire du basket.

En arrivant, un autre mono nous explique qu'il y aura du basket tous les jours. Sitôt la présentation terminée, je cours lui hurler droit dans l'oreille : "J'ai choisi danse ! J'ai mis danse sur le papier !"
Il réprouve l'outrecuidance d'un froncement de sourcils tout en répliquant que, compte tenu du nombre et autre paramètre que je ne saisis pas, tout le monde fera danse et basket.

Je relis le programme affiché et les yeux m'en tombent :
- 6h 30 lever
- 6h 50 footing dans le parc
- 7h30 petit déjeuner puis douche
- 8h30 danse
- 10h30 basket
- 12h30 déjeuner
- 14h volley
- 16h piscine
- 18h temps libre
- 19h30 dîner
- 21h au lit

Les garçons ne font ni danse ni basket, il y a du foot à la place.
Je suis d'un pas timide la monitrice de danse avec les quelques filles présentes. En chemin, je lui explique ma situation, comme à tous les adultes que je croise. Un même son de cloche : il est impossible de changer de colonie ni même d'espérer rendre visite à ma copine.

Arrivées dans le dortoir, nous choisissons notre couche. Les lits sont superposés. On ne pourra même pas sauter dessus comme dans la chanson. Je suis perchée au-dessus d'une fille de presque treize ans. A part une petite blonde de dix ans au regard gris et volontaire, les autres sont de grandes gigues de quatorze ans, montées sur cuisses arrondies. Je remarque qu'elles ont toutes les cheveux courts. Toutes, sauf trois qui ricanent sous un maquillage épais. Je les entends décréter : "ce soir on va en boîte !"

Le lendemain, les trois comploteuses ne sont plus là. Disparues avec leurs affaires.

J'apprends qu'elles ont fait le mur durant la nuit. L'évasion a eu lieu par la fenêtre du dortoir. Elles ont été cueillies en bas par un moniteur qui passait par là.

Monsieur programme nous explique qu'étant donné leur conduite inqualifiable, elles ont été immédiatement exclues de la colonie.

- "On les a renvoyées en France ?!
- Non. Elles ont été transférées dans une autre colonie, à cinq kilomètres d'ici."