mercredi 7 janvier 2009

Rentrée : c'est quand qu'on sort ?

Tapies, Ocre, marron et blanc aux quatre, 1972

Lundi c'était la rentrée mais impossible de broyer du noir avec le décor qui m'attendait dehors.

Le ciel nous prenait pour des bugnes : il nous saupoudrait méthodiquement. Je fis de même avec l'évier de la salle des maîtres en arrivant : je secouai mon parapluie pour le déneiger tout en souhaitant la bonne année à quelques collègues concentrés sur leurs fiches-galettes.

La cour de récréation jouait déjà à cache-cache sous la neige.

Une heure à peine après l'accueil, les gnomes sautaient partout en attendant la récré. Agglutinés aux grandes fenêtres par grappes de douze, il y en avait toujours un du lot pour se tourner vers moi, emprunter un ton d'écolier modèle et tenter :
"- Maîtresse, c'est l'heure d'aller en récréation maintenant.
- Impossible, rétorquais-je en fixant théâtralement la pendule, l'heure de la récréation, c'est quand la grande aiguille noire est sur le trois."

Jambe impatiente n'a point d'oreille. L'un se posta devant la maîtresse, celle du temps, et se mit à sautiller en désignant la trotteuse :
- "Maîtresse ! L'aiguille est sur le trois !"
La tentation était grande de répliquer "Oh ! Et maintenant elle est sur le neuf ! la récré est finie !" mais il faut savoir réprimer ses blagues sadiques.
- "Attention j'ai dit noire, la grande aiguille noire, pas la rouge qui va vite."

Les flocons dansaient dans l'air et vingt-quatre paires d'yeux les attrapaient au vol. Devant l'éclat de leur flamme, le soleil ne pouvait que se faire tout petit.
Cette promesse de bonheur à venir faisait hoqueter les minots de tous leurs membres. Ils formaient une belle guirlande électrique qui pavoisait la vitre sur toute sa longueur.

Un élève s'approcha de moi, visiblement happé par une idée toute neuve. Il planta son regard dans le mien et, décidé à me rallier à son monde, affirma :
- Maîtresse, l'aiguille est sur le trois.
C'était faux mais qui sait, avec une telle intention persuasive j'aurais pu fléchir voire finir par voir des trois partout sur la pendule.

Plus tard, la stupeur gagna l'ensemble du groupe :
- "Maitresse !! C'est marron et puis c'est noir !"
Le bitume refleurissait par endroit et le manteau de neige sembla bientôt mangé par les mites. La consigne de sécurité avait frappé : on salait la cour pour prévenir les dérapages incontrôlés.
Une fenêtre s'ouvrit au-dessus et une voix supplia :
- "Arrêtez !!"
Le désastre fut enrayé avant que l'or blanc ne soit totalement dilapidé. Puis l'aiguille se mit à chatouiller le trois. Il fut enfin l'heure d'enfiler les gants à tous les doigts et de visser les cagoules à l'endroit. Échappée belle : la bataille de boules de neige eut bien lieu. Les combats furent intenses mais on ne déplora la perte que de quelques moufles.

Vous attendez le dégel ? Nicolas aussi : voyez son beau texte sur la condition des cristaux liquides en milieu givré.

22 commentaires:

Dorham a dit…

Ah, quand même !!!
Voler la neige des enfants, c'est vraiment mal...

Quand même, c'est un régal de te lire...

Nicolas a dit…

"on ne déplora la perte que de quelques mouflets." Et c'est tout ce que ça te fait.

Marie-Georges Profonde a dit…

Dorham,
Oui ! Imagine : dans certaines écoles ils n'ont pas eu le droit de sortir !
merci :)
Nicolas,
Tu triches !

Nicolas a dit…

Pourquoi ?

Marie-Georges Profonde a dit…

Tu falsifies les citations et tu viens faire l'innocent en plus :))

Gaël a dit…

nous Camille était triste car les batailles de boule de neige étaient interdites. :(

le déneigement par contre n'est toujours pas fait dans sa cour :)

Frédéric Meurin a dit…

N'y a-t-il que des sadiques et des mauvais pour saler et sabler la neige ? Qu'il y aille faire leurs tartes ailleurs, non mais !

unevilleunpoeme a dit…

Joli tableau de Tapiès...

Mots d'Elle a dit…

Quel plaisir!! On perçoit le tic-tac désespérement lent de la pendule, l'impatience fébrile des enfants, l'éclat de rêve dans leurs yeux...on a tout ça au bout des doigts!! merci...

Tulipe a dit…

ici, si jamais la neige se mettait à tomber assez pour faire un joli tapis et une bonne réserve à boules, les transports scolaires ne rouleraient plus, les écoles seraient fermées... reste que les enfants seraient contents! heu, pas qu'eux!

Audine a dit…

Oui je confirme, c'est un régal, de plus en plus souvent, tes textes sont des petits bijoux de légèreté et d'humour, super bien tournés.
Et j'adore tes tentations sadiques !
Qui ne vont jamais jusqu'au bout.
Et aussi, j'aime les images de tableau (comme ma mère, qui en plus a adoré tes musiques sur le billet d'avant)
(je le dis parce qu'elle ne commente pas)
(alors je me fais sa porte parole)

Catherine a dit…

On empêche vraiment des enfants de jouer avec la neige ? Je n'en reviens pas, quelle cruauté ! Les vôtres ont eu de la chance.

Le coucou a dit…

Vive la rentrée, avec un texte aussi enlevé!

Simon Gaetan a dit…

niveau resto coréen
tu es dans le 13 eme?

Marie-Georges Profonde a dit…

Gaël,
Pfff c'est d'un triste ! C'est un de mes meilleurs souvenirs d'enfance, la bataille de boules de neige...
Frédéric,
Attends, tu te rends pas compte : l'eau ça mouille. La neige c'est froid. C'est très dangereux ! :/
Une ville un poème,
Oui ! (Tiens d'ailleurs on met l'accent sur le e ? J'ai hésité)
Mots d'Elle,
Tu as raison, ces minutes ont dû leur paraître des siècles... Merci à toi :)
Tulipe,
Tss tss ne me dites pas qu'il ne neige pas chez vous, j'ai des indics !
Audine,
Merci, ça me fait très plaisir, même si je ne partage pas ton point de vue sur ce texte (oui, je le trouve biscornu, mal dégrossi, rugueux mais bon c'est la vie). Et merci à ta maman :))
Catherine,
Oui... C'est réellement cruel et ça existe !
Le coucou,
Trois jours après je suis nettement moins enthousiaste, j'avais oublié la fatigue, tout ça... :)
Simon Gaetan,
Agneau (ça veut dire non en coréen), je suis dans le dixième.

Simon Gaetan a dit…

Le x eme...
Toute mon enfance.
Rocroy st-leon, lycee lamartine
pffff...

Maximus Bob2bob a dit…

Chez nous en rupture de sel ils nous ont feuilleté la récré, à l'or fin. Nous, bonne pâte, on a rien oser dire, même si on savait bien que c'était un commentaire stupide sur un texte formidable.

Frédéric Meurin a dit…

L'argument stupide qu'on avance aux enfants qui lancent des boules de neige, c'est que par mégarde ils pourraient mettre une grenade et/ou une caillasse dedans.

L'argument encore plus stupide, c'est que si un enfant en sucre se prend une boule de neige, il va fondre (en larmes) et ses parents vont porter plainte contre ces salauds d'instituteurs qui ont cru qu'ils étaient là pour autre chose que pour changer des couches et faire faire des siestes.

mtislav a dit…

C'est très joli, on a l'impression d'y être sans savoir lire l'heure, c'est un petit peu salé mais on glisse jusqu'à la ouate.

balmeyer a dit…

Magnifique !! :)

Bande de sadiques !!! Qui serait suffisamment méchant pour saler la neige, la détruire alors qu'elle vient juste de tomber dans la cour tel un blanc manteau gelé ?

Ben moi.

Ca caille les pieds, putain de neige.

Zoridae a dit…

C'est drôle ce texte est à la fois délicieux et angoissant... Je suis d'accord avec tes commentateurs qui disent que tes textes sont un régal... Je suis scotchée à chaque fois !

Kéké à l'école a eu le droit de faire la récréation dans la cour qui est sur le toit, plein de neige. Tout ce qu'il nous a dit c'est que du coup il n'avait pas pu faire de vélo...

Bon, le lendemain il avait 40° de fièvre mais je trouve ça génial qu'il ait pu jouer dans la neige. Ce n'est pas si souvent qu'elle tombe à Paris !

superior a dit…

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