samedi 6 décembre 2008

Roulés dans la farine

Raphaël, La fornarina, 1519

La crise, c'est dur. On a moins d'argent et tout augmente. Y'en a marre !

Oui. Mais quand y'en a marre, y'a Malobar. Pour l'achat de quinze paquets de Malobar cerise-paprika, le seizième est à moitié prix jusqu'au 16 décembre. Les solutions MOINS CHÈRES : la vie Auchian, elle change la vie.

Arrêtez. Qui fait vraiment tout pour AUGMENTER VOTRE POUVOIR D'ACHAT ? Quand c'est moins cher, c'est chez Leblerc : pour l'achat d'un jéroboam d'Orangigna, la canette en édition limitée et numérotée avec décorations "fêtes de Noël" est à moitié prix. Merci qui ?

Non mais hé. En LUTTE pour votre pouvoir d'achat, c'est Calefour : pour l'achat de deux palettes de crème au chocolat Daniette, un service à poivre complet en cristal dark est offert, oui vous avez bien lu, offert ! Offre soumise à conditions, voir en magasin.

N'importe quoi. Vous parlez de lutte mais vous n'y connaissez rien. Nous, on est des mousquetaires CONTRE LA VIE CHÈRE. D'ailleurs cette semaine, c'est la quinzaine du cabillaud frais d'Australie. Arrivage massif hier matin, notre stock est en promotion jusqu'au 25 décembre à minuit. Untelmarché, les bonnes affaires moins chères.

Qu'est-ce qui vous inquiète ? La révolution est en marche, c'est la publicité qui le dit. A entendre les réclames radiophoniques, le marketing des hypermarchés est le fleuron de l'action citoyenne pour garantir la préservation de notre pouvoir d'achat. A grand renfort de "lutte", de "pouvoir", de "pour tous", on se croirait dans un tableau de Lacroix, "La grande distribution guidant le peuple". Si vous n'êtes pas convaincus, c'est que vous n'y mettez pas du vôtre.

Je vous soupçonne de compter parmi les pénibles qui, comme moi, achètent de la farine. (Vous avez déjà vu de la farine en promo, hors celles qui sont déjà chères parce que fournies avec leur véritable boîte cartonnée superprotectrice ?)

Vous voulez préparer une tarte au pommes mais misère ! Votre boîte de farine est aussi vide que votre créativité en matière de tartes. Vous allez au supermarché Flanprix à côté de chez vous. Vous pénétrez au cœur de gondoles surinvesties avec l'idée saugrenue d'acquérir un paquet d'un kilo de farine de blé. Vous parcourez trois fois l'ensemble des rayons car votre œil déjà surmené peine à repérer l'objet convoité.

La niche de ce dernier une fois localisée, vous vous faites un tour de rein pour explorer cette partie du rayonnage rangée à vos pieds tandis que des colorants pour gâteaux se trémoussent à hauteur d'yeux. A quatre pattes pour lire les étiquettes, vous constatez qu'il y a rupture de stock de farine. En revanche, les mélanges pour crêpes, préparations à brioches et autres poudres à pain pullulent. C'est plus cher qu'un paquet de farine acheté avec quelques sachets de levure et pour cause : l'effort de mélanger les deux vous est épargné. Or, c'est bien connu : le travail, ça a un prix. Demandez à la caissière. Ah non, tiens.

Je le sais, j'enfonce des portes automatiques ouvertes. J'avais qu'à pas y aller. J'en suis sortie bredouille, avec la perspective surréaliste de devoir faire plusieurs magasins pour trouver de la farine qui s'appelle "farine", sans ajout de lait ou d'oeuf lyophilisé. Il n'empêche que, quand j'entends dans les pubs les exclamations niaises des comédiens-consommateurs comblés par tant d'offres bidon, ponctuées par les slogans cryptotrotskystes de nos hyperprotecteurs, je fulmine tout net. J'ai l'impression qu'on me sussure que tout ira mieux en m'enfonçant un entonnoir dans le gosier (dans le meilleur des cas).

Tout va mieux, mais ne vous avisez pas d'acheter de la moutarde de Dijon qui vienne de Dijon par exemple. Un grand groupe vient de racheter Amora-Maille et délocalise, pour cause de bénéfices qui pourraient être encore plus grands que les 25 millions actuels. Ledit grand groupe se contrefout du produit vu qu'il vend aussi bien de la soupe et du thé que du dentifrice. Et puis la moutarde de Dijon, y'a bien qu'en France qu'on en achète.
Moi je dis : vivement que le camembert de Normandie vienne de Belgique ou de Tchéquie. Avec un peu de chance, il sera tellement dégueu que les ventes baisseront. On pourra enfin en acheter trois pour le prix de deux et demi.

21 commentaires:

balmeyer a dit…

Le plus dur à délocaliser, ça va quand même être Evian. Mais peut-être qu'avec un système d'eau en poudre, vendue en sachet, ça peut se concevoir.

mtislav a dit…

La farine, c'était de la bio qu'il fallait...

On te sent insopiré sur ce texte.

littleblue a dit…

Avant de savoir lire, j'allais à la boulangerie acheter ce fameux chewing-gum que j'appelais Balabar. A l'époque, il devait couter 20 centimes pièce. 20 centimes de francs. Le Franc aussi on nous l'a délocalisé?

Simon Gaetan a dit…

Hi hi hi ...!!

Didier Goux a dit…

Moi, ce qui me scie les génitoire à ras les moustaches, c'est de voir le nombre de gens (visiblement ne nageant pas dans l'opulence) qui achètent des frites pré-découpées et surgelées plutôt qu'un filet de pommes de terre : même moi, je sais faire les FRITES, bon Dieu de la sainte Végète Aline !!!

(Balmeyer, sors de ce corps trop grand pour toi !)

Catherine a dit…

On ne TOUCHE PAS au camembert de Normandie !

Mots d'Elle a dit…

Euh...je sens que je vais me faire taper si je suggère une pate à tarte surgelée...Et sinon, tu as des pommes au moins?
Balmeyer évoque la délocalisation d'Evian..et St Yorre??? comment on fait pour les bulles dans le sachet?

balmeyer a dit…

La patatarte surgelée, non, c'est impossible, ça ne peut pas exister. Si tu me dis que c'est vrai, je me fais Hara-Vache-qui-rit.

Mots d'Elle a dit…

@Balmeyer: c'est un peu facile de fuir les réponses comme ça (St Yorre...j'attends!!)...
Et sort tes boites de vache-qui-se-marre...ça fait belle lurette que les feignasses ne font plus de vraie pate à tarte!!!pfff!

balmeyer a dit…

Oui, mais surgelée, c'est impossible. Moi je sais ce que c'est une patatarte : c'est mou. ça s'étale. Surgelé, c'est dur, ça casse.

Pour St-Yorre : les bulles sont vendues épluchées, à part, dans un paquet. Il faut se munir d'une bulleuse pour les reconstituer, une fois sur place, enrober l'air de la membrane liquide disponible en rouleau.

Signé : Delocalizator.

Marie-Georges Profonde a dit…

Mots d'elle, je me dois d'intervenir hic et nunc : si je fais des tartes tout le temps, c'est parce que j'adore préparer la pâte et surtout la pétrir pendant des heures. Ça me détend. Donc hors de ma vue, les pâtes toutes prêtes !
Alors que peler et couper les pommes en fines tranches, je le fais en soupirant. C'est vraiment parce que la "tarte à rien" n'existe pas.
Balmeyer,
Il suffit d'avoir un combiné rouleau à pâtisserie/fer à friser. Ça dégèle la pâte en l'étalant. (Ou dans le pire des cas, elle frise en cassant.)

Simon Gaetan a dit…

Si.. il y avait la recette de la tarte aux grenouilles( vivantes) dans Charlie hebdo,
le probleme c'est qu'elles sautent et s'échappent avant la mise en bouche.

Mots d'Elle a dit…

@Balmeyer: tu aimes avoir le dernier mot mais moi aussi!! Pfff et re-pfff donc!! Les pates surgelées existent, il suffit de les faire décongeler avant usage ( c'est un peu le principe général du surgelé d'ailleurs...)
Je suis admirative de ta technique capture de bulles/rebullage!!!

@Marie-Georges: respect pour ta tarte amoureusement pétrie!!

Marie-Georges Profonde a dit…

Balmeyer,
Délocalisons la ville d'Evian.
Mtislav,
Très vrai, mais c'est pas toujours simple quand ça urge. Et moi j'ai la confection de tartes compulsive.
littleblue,
Ne m'en parle pas ! En tout cas les salaires n'ont pas été délocalisés dans le même pays que l'euro !
Simon Gaëtan,
Hey, tu as le même rire que moi !
Didier Goux,
La frite, c'est le buzz du moment ou quoi ? Cela dit j'approuve : je déteste ces purées grasses moulées en bâtonnet que l'on ose appeler "frites".
Catherine,
J'espère bien ! Mais ils en seraient capables...
Mots d'Elle,
Je t'assure hein, la pâte ça se fait en trois secondes... Après, le pétrissage, ça dépend de ton besoin de défoulement.
Balmeyer,
Je voudrais une bulleuse pour Noël.
Simon Gaëtan,
Pas mal... J'avais vu une très belle tarte à la souris, une fois, mais c'était fait avec des poires et du chocolat :p (J'avais fait fabriquer des souris-poires à tous mes élèves...)
Mots d'Elle,
Bon bin je vais aller en faire une, moi, tiens. A force d'en causer...

Simon Gaetan a dit…

il y a des jours où je retournerais bien à l'école

Comme une image a dit…

@ littleblue » 1 FF 1967 = 1 € 2002
(uniquement avec l'inflation)
J'ai retenu ça parce que je suis né en 1967.
Bref, c'est normal que les bonbecs qui valaient 20 centimes (de francs) dans notre enfance valent 20 cts d'euro 35 ans plus tard.

Sinon, moi j'ai toujours un kg de farine et un litre d'huile d'olive d'avance. Faut pas rigoler avec ça.
My placard is rich.

Dorham a dit…

Super texte, super drôle pour commencer, puis super vénère, puis super recentré.

Super-U !

Bon, je règle tout le monde. Didier, les frites, c'est parce que c'est chiant d'utilisation une friteuse et ça fait puer tout l'appartement (parce que maintenant, y a des frites à faire au four, le summum de l'horreur...)...hihihi !

Pour la pâte surgelée, franchement, j'ai jamais vu ça Yaëlle, (j'ai déjà vu de la pâte déjà préparée au rayon frais et il m'arrive d'en utiliser quand j'ai la flemme) ce serait chouette que tu nous fasses un billet là dessus, avec photos et descriptifs de produit...après, tu pourrais finir en nous insultant Balmeyer et moi. Surtout Balmeyer, qui en fait, n'a jamais mangé de tarte. Il n'a le droit qu'au taboulé aux crevettes... C'est pour ça, il est frustré...

(d'avance, j'ai honte ; mea culpa, mea maxima culpa)

Marie-Georges Profonde a dit…

Simon Gaetan,
Alors que moi, si je pouvais y aller moins souvent... :))
Comme une image,
Tout de même, il y a eu plus que l'inflation... Un grand moment, le passage à l'euro ! Les prix arrondis généreusement à l'euro supérieur, quand on sort du franc et que les salaires ne bougent pas, ça fait tout drôle à la fin du mois.
Et tu as raison d'être prévoyant. Mais mes tartes aux pommes ne sont pas à l'huile d'olive.
Dorham,
Super sympa !
Parler de frites au four, c'est comme parler de friture à l'eau ou de steak tartare bien cuit. Il y a de quoi être soupçonneux.
Balmeyer a déjà eu droit à ma splendide tarte aux pommes trop/pas assez cuite alors s'il te plaît ! A cette occasion d'ailleurs, il redemanda du taboulé.

Nicolas a dit…

Tu te lances dans le blogage politique ?

balmeyer a dit…

Mais il est un p'tit peu politique, quand même, le blog de MG !

Et puis comme dirait Didier Goux : tout est politique !

Marie-Georges Profonde a dit…

Nicolas,
Parce que j'avais posté une vidéo de Darcos pour faire un billet de mode sur les costards, peut-être ? :))
Le libellé "On croit rêver" contient les billets un peu plus politiques.
Balmeyer,
Bien dit !