mercredi 30 juillet 2008

Au blog opératoire

Degas, L'absinthe, 1876


Je me saoûle. Non pas en trinquant, mais en écrivant. J'ai à vrai dire un souci un poil épineux. Je rédige des textes comme à mon habitude mais quand je me relis, le miracle se produit à chaque fois : j'en ai assez, ma claque de moi-même et de mes tournures. Ma prose alambiquée m'apparaît indigeste et en même temps, je ne souhaite pas à écrire autrement. A savoir, ça ne me plaît pas si je ne passe pas par tout un tas de circonvolutions. Il me faut absolument telle inversion verbe-sujet, tel passé simple ; j'exige tel adjectif... Alors j'écris, je corrige, je peaufine... Et au moment de relire, je m'aperçois que mon texte m'est devenu insupportable. Je le veux ainsi, puis je le déteste. C'est grave ? C'est bête. Comme mes pieds.
Alors contemplons plutôt les pieds de chez Degas. Combien en voyez-vous ? Avez-vous pensé à compter ceux des verres ? Mais où sont ceux des tables ? Diantre...

16 commentaires:

Daydreamer a dit…

râââ... un de mes tableaux préférés... on s'en fout, du nombre de pieds, non?

Cyrano de Vergerac a dit…

Pour en ajouter un :

"Je quarte du pied, j'escarmouche,
Je coupe, je feinte...
Hé ! là, donc !
A la fin de l'envoi, je touche"

Soigner son texte, soigner son âme et soigner son prochain, c'est comme en médecine : celà demande de trouver la bonne prosologie ;).

Ne change rien à la tienne c'est comme celà qu'à la fin de l'envoi elle touche.

Audine a dit…

Cyrano est un sage.
Et donc je suis d'accord avec lui.
Tu circonvules mais c'est bien / bon / drôle / brillant.

J'ai parfois (pour les textes) et souvent (pour les dessins) ce désamour, cette espèce de désorientation : de quoi, comment j'ai pu écrire (dessiner) ça, c'est nul, sans intérêt, ça me fait mal au coeur, ça m'écoeure.
Il me faut des appréciations positives pour réadmettre "l'oeuvre" dans mon estime, et la rechouchouter avec d'autant plus d'enthousiasme renouvelé que j'ai mauvaise conscience d'avoir douté.
Et puis après, ça n'est plus que des caractères, ou des papiers dans un carton, une couche de plus ...

Nicolas a dit…

Je crois qu'on a tous nos tics d'écriture...

Marie-Georges Profonde a dit…

Daydreamer : Dans les phrases ? Pour le tableau, je ne m'en fous pas : les tables qui flottent en l'air me fascinent (c'est ce que je voulais pointer, avec cette histoire de nombre de pieds). C'est pas anodin, c'est une sacrée liberté prise par Degas de les omettre. Ca met en valeur le point de vue qu'il a recherché (et le point de vue chez Degas, c'est pas rien !). Y'a pas de détail futile en peinture, c'est ça que j'aime ! Mais je peux aussi m'en foutre et m'identifier à la dame. J'aime cette épaisseur de la peinture (faut m'arrêter, là !) (...)
Cyrano : Outre les jeux de mots, quel jeu de pieds tu as !
Audine : Ca me rassure. En même temps j'étais sûre que la pastelliste me comprendrait ;)
Nicolas : oui et puis parfois ça m'énerve !

Gaël a dit…

ce que tu peux être égoïste !

on s'en fout qu'ils ne te plaisent plus tes billets après leur accouchement !

publie les et va lire d'autres blogs, non mais !

philtre a dit…

Considerez vous votre blog comme une poubelle où terminent vos textes insupportables ?

Soit !

les nombreux lecteurs prendront plaisir à fouiller votre benne à billets.

Jetez, jetez, nous trierons...
et, sans hésiter, nous y revenons.

Pepite2choco a dit…

Ah non alors! C'est à cause de cette prose si particulière, de ce maniement des mots avec cette ambiance toujours un peu absurde, un peu à la Raymond Queneau (dont je n'ai lu qu'un bouquin (sic)), ou mélancolique, ou drôle... Comme l'ont dit les autres, on s'en fiche que tu les aime pas, nous on les aime et puis c'est tout!!
A quand un petit recueil de nouvelles? Oui je suis chiante, je sais :)))

May Nat a dit…

maaaa, "qu'est-ce que c'est que ce bins ?" - pour paraphraser un nain'bruti déclassé du Splendide.

Aoh non, Marie-Georges, naméattt'tteeends!

t'as pas vu comment que j'en mets des tartines, moiche ?

à peine, je me relis. juste je corrige des coquilles et pfuit, let's go!

tfasson, quand la note n'est plus à l'écran (sauf à inciter à y revenir), tout le monde s'en tape le clavier sur les cuisses.

'gade, mes dernières bafouilles... qui qu'a compris du premier coup comment JE souhaitais qu'(on) procède ?

pffff.
on s'ammmuuuuse!

et tu m'as, muse...
kichiou, lovely baby.

May Nat a dit…

@Sire Anneau : deux verges ?
(eh bé, tu m'étonnes après que tu) RAQUES!

euh... tu connais "la révolte des crabes ?"
hein ? non, je dis ça parce qu'il paraît que les crabes, justement, ils en ont DEUX.

passons et visn voir ça, vé.
http://maynatworks.hautetfort.com/archive/2008/03/30/la-revolte-des-crabes-qui-puent.html

Monsieur Poireau a dit…

N'empêche que le gars à chapeau, son pied gauche est chaussé de Convers. Vachement en avance sur la mode Degas ! :-)))

Pour l'écriture, laisse donc le lecture se régaler de tes imperfections. Les auteurs sont très souvent de mauvais juges avec eux-mêmes ! :-)))

Marie-Georges Profonde a dit…

Gaël : c'est vrai. Mais tu avoueras qu'en été on tout loisir de regarder son nombril de blogueuse. A croire que les gens préfèrent prendre le soleil ou aller dans les Pyrénées que bloguer. C'est dingue.
Philtre : Tu n'as pas tort. Une vraie benne à textes, d'autant que ce blog n'a aucune autre vocation qu'y jeter mes griffonnages et c'est très bien comme ça. Merci !
Pépite : Raymond Queneau, wouhouuu j'aimerais bien... Ne serait-ce qu'en être une pâle copie, une sorte de Raymonde Quenelle, mais bref. Non, non, mes écrits et atermoiements ne valent pas une impression papier, fût-il recyclé.
May Nat : beh wé. C'est vrai, on s'amuse. Mais là cette semaine ça m'a gonflé ; ou plutôt je me suis gonflée toute seule, c'est bête hein. Bises ma grande.

Marie-Georges Profonde a dit…

Monsieur Poireau : Degas,c'était une pointure. Tu dis vrai. Mais là, je ne peux pas dire mieux, je me saoûle. Autant aller me prendre un ptit verre de pommeau normand (tiens, ça n'est que l'heure du café).

Dorham a dit…

Epineux problème !
Y a pas des moments inverses parfois, de grands moments de fatuité ?

balmeyer a dit…

Chère "Raymonde Quenelle" (quel fou rire, bon sang de bonsoir, du mal à m'en remettre)...

A la limite je suis heureux de lire ça, ça montre un peu "qu'on est pas tout seul", et je t'inciterais même à continuer, à t'auto-flageller, sadique que je suis, parce que ça fait du bien pour tout le monde...

Tu veux mon opinion ? Non. La voici quand même :

- Certains aiment la soupe, d'autres la pizza. Moi, j'adore ta pizza d'écriture, et sa garniture gourmande. Avec les quenelles dessus.

- L'humeur varie, je n'arrive pas à sortir un schéma précis, mais c'est vrai que ce qui nous énerve de nous le matin correspond à ce qui nous plait de nous, le soir.

- J'ai de rares passages où je suis content à 100%, où je me dis que je ne pourrais rien faire mieux, selon mes moyens. Je suis allé du point A jusqu'au point B.

- Dans l'idéal il faudrait déplacer l'enjeu. Aller de l'enjeu "A" qui est : "est-ce que je suis une merde ou est-ce que je suis génial" à l'enjeu "B" qui est "est-ce que ce fragment de texte est bien ou nul ?". Je suis sérieux. La plus grande difficulté pour moi est d'arriver à dire : "il faut que je jette ce texte à la poubelle" au lieu de "il faut que je me jette à la poubelle".

C'est confus, désolé, mais en gros, voilà ce qui me travaille.

Marie-Georges Profonde a dit…

Dorham,
Une fatuité aussitôt refoulée, c'est très possible en fait... M'étonnerait pas ! Qui dit "c'est trop nul ce que j'écris" dit en fait "par rapport à mon génial génie, je suis déçue" :))

Balmeyer,
Ah, la cuisine lyonnaise, ça marque à vie.
Soulagée que mes auto-apitoiements te fassent du bien, moi qui croyais qu'il ne servait à rien de tirer ainsi sur son cuir chevelu en implorant les dieux du blog d'un "pourquoi moi" violemment pianoté.
Quant au chapitre sur qui, de ma copie ou de moi-même, va finir à la corbeille, c'est édifiant de vérité.
(applaudissements de quenelle)