mardi 1 juillet 2008

Groupie

Poussin, L'adoration du veau d'or, 1634


Là où je suis nulle, c'est que je n'ai pas la télé. Et que Sex and the city par exemple, je ne connais pas. Et qu'en plus, à entendre les descriptions sur le sujet, ma curiosité s'élime plus sûrement que le cuir de mes chaussures (du temps où je les utilisais comme frein à vélo). C'est grave docteur ? En revanche, y'a un type sur cette planète qui s'est réveillé un jour en se disant : "Tiens, si je prouvais au monde (d)entier que Sarah Jessica Parker possède un gène commun avec nos amis les équidés ?", un aperçu .
Non moi, les séries télé, je peux pas, j'ai jamais pu. Sauf. Oui bon, il fallait bien une exception. Sauf une série hippie qui se passait dans l'espace. J'avais 14 ans quand il y eut une rediffusion de ce vieux tromblon télévisuel qu'était déjà Star Trek, sur la 5 berlusconienne de l'époque (on dit souvent que c'était mieux avant. La 5ème nous prouve que non). Ca se passait dans un futur où les humains, réconciliés tous entre eux, partaient à la conquête de l'espace. Y'avait une lieutenant noire des Etats unis d'Afrique, un Japonais et un Russe au sein de l'équipage et ça, dans une série états-unienne des années 60, c'était notable.

A chaque épisode, les protagonistes arrivaient tout pailletés dans des mondes saugrenus. Ils brillaient de toutes leurs cellules et bing, ils débarquaient où bon leur semblait. Pour des questions de sous, leur vaisseau n'atterrissait jamais. Ainsi naquit la télétransportation, sorte de désintégration corporelle avec recollage automatique de morceaux, qui permettait de traverser les stratosphères les plus nébuleuses et de choisir précisément où jouer avec son propre puzzle humain. Souvent, le monde hostile qui les attendait n'était en fait pas si terrible. Il y eut par exemple une planète où, après moult démêlés, ils finirent par s'apercevoir que c'était juste leurs pensées qui se matérialisaient et décidèrent d'y passer leurs vacances. Les monstres, sauvages ou de compagnie, étaient souvent en peluche. L'imagination du créateur de la série dépassait largement les bornes de son budget. Résultat : l'addiction s'empara de tout mon être. Pire. Mon émoi de fille en fleur ne fit qu'un tour en découvrant ce personnage épris de logique et d'une insensibilité à toute épreuve : Spock, l'homme au sang vert, oreilles en pointes et coupe de cheveux playmobil-au-bol. Je tombai raide dingue de cet intellectuel bout de bois dont le visage s'animait au mieux d'un haussement du sourcil droit à la vue d'une navette inconnue. La collégienne que j'étais se retrouva dans l'embarras : ma copine de classe se consumait pour Harrison Ford, les autres piaillaient au son d'une roucoulade d'un Georges Michaël tandis que j'envoyais des missives enflammées à un extra-terrestre sans libido.


Un vieillard d'au moins 50 ans me répondait en me dédicaçant sa photo. Il avait les oreilles rondes et quelques cheveux soyeux. Je me demandais si j'avais mes chances, s'il aurait accepté de me rejouer Spock en privé. Heureusement qu'à l'écran l'infirmière de l'équipage était atteinte du même mal que moi. Je me sentais moins tordue, ou disons moins seule dans ma torsion. C'était un âge où j'aimais à pouffer en groupe, à soupirer en choeur, à rosir de concert sitôt qu'un blondinet chanteur, torse nu et hanches gigoteuses, nous jetait au visage sa sainte sueur sur serviette. Nous poussions alors des cris aigus et nos semblables. En évoquant avec les copines mon icône de la sensualité autour d'un fraise-coca, je ne demandais qu'une chose : leur approbation par un "ah ouaiiiiiiiiis" nasalisant. L'irruption de Spock dans mon espace myocardien me privait de cette douce hystérie complice. Je décidai de porter des pulls de couleurs vives pour accompagner mon originalité sentimentale. Les années filèrent avec leurs chatoyants chandails : mes 17 ans à peine soufflés, j'avais enfin des petits amis avec un Q.I. de sardine. Mes vêtements étaient noirs comme la substance que je broyais.


A présent j'assume mes goûts : la moue de mannequin rasé de près m'ennuie, la cellule grise m'excite ? Tant mieux. Je laisserai mes congénères se piétiner les unes les autres pour déchirer le T-shirt du minet d'à coté. J'en profiterai pour aller caqueter devant celui qui a du répondant. J'irai le voir se produire dans les cafés philo. Il tournera les pages de son Spinoza pendant que je me dandinerai tout autour. Je baverai devant le sensuel déhanché de ses synapses en espérant qu'il me jette son marque-pages au visage. Puis je tirerai sur sa chemise en hululant, après lui avoir arraché une branche de lunettes.

31 commentaires:

Audine a dit…

Purée, moi qui trouvais que j'avais (j'ai ?) une libido un peu décalée (parfois), je suis battue à plate couture !
Heureusement que je n'ai pas connu Spock, maintenant que tu es là pour me le faire remarquer.
Quant à Sex and the City, je les préfère toutes à SJP, que je trouve exaspérante de bêtise, même la nunuche je la préfère, au moins elle essaie (de quoi, je ne sais pas encore te préciser, il est nettement trop tôt) (et surtout faut que je file au bureau).

J'ai beaucoup très rigolé, à te lire ! bonne journée !

Anonyme a dit…

tu nous manquais! Mais j'espère bien que cette période à venir, dépourvue de marmots accrochés aux basques de leur "maicreeesse"et de tous les microbes qui vont avec, nous permettra de te lire plus souvent. Tous les jours ce serait bien non ?
Bisous

Juan Selenita de Siestacorta a dit…

Han ! Si ton dernier paragraphe pouvait vraiment être un comportement courant ! Boudiou, j'en ferai se déhancher des synapses !

Helene a dit…

Je ne connais pas bien Star Trek...ni sex and the city ! (le film ne m'intéresse pas du tout d'ailleurs...)
bon, moi j'étais amoureuse de Bo dans Sheriff fais moi peur et de John dans chips...
Hum !!

Quant aux minets qui arrivent dans un bar, petite chemise, lunettes fumées et cheveux gominés, euh...ben non.
Moi j'aime les hommes qui me font rire !!!

Dorham a dit…

Arrêtez, les filles, vous m'excitez !

(un billet extra comme d'hab, je te donne la moitié de la plame que j'ai refilé à Mtislav)...(on est jamais déçu ici).

Marie-Georges Profonde a dit…

Audine : merci, telle l'infirmière de l'équipage tu me fais me sentir moins seule dans le club des libidos décalées !
Cé : un bronzage "fond d'écran", une tour de bouées en guise de silhouette et des yeux rouges, ce sont les vacances que tu me souhaites ? :))
Juan : en même temps ça se fait pas, de casser les lunettes des gens qu'on aime bien.
Hélène : Bienvenue au club ! Hihihiiii ! La 5 a fait des dégâts sur les imaginaires sentimentaux des jeunes filles à ce que je vois ! Un homme qui me fait rire, l'idéal. "Femme qui rit..." ce n'est pas une légende pour moi (Et pas qu'à moitié !)
Dorham : wouh merci pour cette demie palme, mon visage est mi-cramoisi. Je vais peut-être exterminer Mtislav pour récupérer l'autre morceau (c'est malin de faire des palmes sécables !).

balmeyer a dit…

Alors, que moi, mes gouts c'est plutôt Pamela Anderson en train de lire Michel Proust.

Nan, je déconne. Tiens, la preuve, aujourd'hui j'ai appris qu'il existait une emission qui s'appelait Pascal le grand frère sur TF1. Il faut que je trouve une télé !

Sinon, je te propose d'imprimer ton dernier paragraphe et le scotcher dans des cantines de fac, école d'ingénieurs. La gloire est pour bientôt !

(ps : une semaine de varicelle, et j'ai regardé la 5ème. Depuis, je me sens un peu Bo).

Dorham a dit…

Moi, mon goût, c'est Balmeyer en chemise rouge qui mange du taboulé tout collé qui chauffe au soleil... Même si sa barbe me pique la peau, il sent bon le sable chaud.

Au fait Balmeyer, tu joues aux échecs ?

balmeyer a dit…

("taboulé tout collé", je crois qu'il faut crever l'abscès, se parler, mettre carte sur table, laisser place au dialogue, et qu'on s'avoue tous que le taboulé de Zoridae était complétement raté).


Moi mon fantasme c'est un blogueur bronzé mal rasé à lunette dans un maillot moulant "Italia Campeone" se roulant par terre la peau huilée dans l'herbe verte en susurrant "ma que mon tibia il est cassé en mille morceau comme le coeur dé l'amour !"

Audine a dit…

mais non ! les crevettes du taboulé de Zo étaient très réussies.
Et pas collées du tout.

(M-G, t'inquiète, la prochaine fois t'y aura probablement droit et toi aussi, tu seras initiée)

Marie-Georges Profonde a dit…

Balmeyer et Dorham, vous avez de sacrés fantasmes ! Ca me fait envie dites-donc. Du coup je suis en sueur rin que d'imaginer Pamela Proust lisant un taboulé avec un tibia en chantant, bouche collée, l'air de Papageno.
+ Audine : Je vous remercie d'avoir brisé un tabou laid. Ok je sors.
(Mais c'est quoi cette histoire de taboulé collé chauffé au soleil, c'est un bizutage entre blogueurs ?)

Marie-Georges Profonde a dit…

Avec tout ça on ne sait toujours pas si Balmeyer joue aux échecs.

Dorham a dit…

Com'é stupido !

Ma oué, vaï, Di Balmeyer, tou jou oz echeks, avec oune fou et sourtou ouné reyne ? Et ouna grossa torra !
Tou a una lombaggine ?

balmeyer a dit…

ma que pété dé rire! :))

Dorham a dit…

Je balance tout Marie Georges, je suis un vrai dingue. On a fait un pique nique avec Zo, Balmeyer, Audine, Doudourou et les chiards (et aussi Beabab que tu ne connais sans doute pas) et Zo a complètement foiré son tabou-laid...une horreur. Tu vois une purée ? Pareil ! Mais avec des crevettes dedans...

Mouaarf...

Moi, de toute façon, je n'ingurgite que du tabac !

(Balmeyer va dire : et du rosé aussi...ouais, et du rosé aussi)...

Sinon, bien sur, des tonnes et des tonnes de pâtes qui te rendent grâce et souplesse quand il s'agit de te rouler dans la fange en hurlant de douleur et en suppliant ta mère de venir te veiller à ton chevet de mort !

balmeyer a dit…

C'est assez phénoménal, Dorham trempe ses cigarettes dans le rosé, et tente vainement de les fumer, ce qui le met dans des fureurs homériques, enfin, dorhamiques, pendant des heures et des heures. Alors après il court, en éructant : "mais où ai-je mis ma main ?" et puis il faut le calmer, et lui dire très gentiment : "regarde, elle est au bout de l'avant-bras ta main, rassure toi".

Dorham a dit…

mdr ! laule ! à donf tout ça...

Au moins, la clope me permet de rester en bonne santé...quant à toi, ta vie saine te rend tout chétif et souffreteux...

Si tu me cherches, Balmeyer, tu vas me trouver...

Maman, Ma main ?

Nataloup a dit…

voili voilou, that is the vacccaaaannnccceeesss!!!!!!
Farniente, blogmania, rencontres, esprit libre (et un poil de bronzing ça donne bonne mine!!!): c'est ce que je te souhaite!!! Profite de ce temps à soi qui dure 2 mois!!! yaouhhhh!!!
P.S : j'vais pouvoir me consacrer aux dessins de maîcresse-anti-héros sans les marmots dans les pattes!!!

Daydreamer a dit…

(allez, j'assume, j'assume, j'assume!) ma mère me lance encore à la figure des "comment il s'appelait, le type aux oreilles pointues dont tu étais amoureuse?" en public.... hum hum... (en photo sur mon mur, et tout et tout... c'est dur, l'adolescence, hein... allez, longue vie et propérité...)

Marie-Georges Profonde a dit…

Balmeyer et Dorham, un pique-nique, donc. Avec clopes flottant à la surface du rosé et lancer de taboulé dans le tibia. Bien sûr. Vous en avez parlé à un psy-fakir ?
Nataloup, très bonnes vacances à toi aussi (mais bonjour les affectations qui se font désirer) !
Daydreamer : copiiine ! Merci ! (moi j'avais le T-Shirt noir avec sa tête en énooorme et des petites étoiles autour)

Dorham a dit…

MG, et encore, t'as pas lu notre échange de mails d'hier soir...Je crois avec ce cher Balmeyer avoir trouvé des moi à la mesure des miens...c'est rare !

Daydreamer a dit…

en fait, j'ai un t-shirt "Enterprise" (que les non-initiés ne décodent pas) et... un pin's "communicator" de Starfleet (pas discret et bruyant :D)... je suis allée à la 1ère convention "star trek" à Paris en 2000 et j'ai compris que j'étais "normale" lorsque j'ai vu un type en tenue de capitaine sortir des toilettes (ça tient à peu de choses, hein?)... Quand même, si j'avais trouvé un t-shirt avec la tête de Spock dessus... je l'aurais encore (gros soupir)

ROSA E OLIVIER a dit…

Piú giú, in fondo alla Tuscolana...!?...PASSAVO PER UN SALUTO!

Dorham a dit…

Saluto a te.

(vous avez vu, vous allez plus me chercher maintenant, j'ai des amis italiens qui viennent à mon secours...vous la ramenez moins, hein !)

Supplie-moi Balmeyer, de t'épargner ! Car le blogueur ci-dessus est un éminent membre de la N'dranghetta...et oui...et ceinture jaune de judo de surcroit...
et en plus il est à la fois Rosa & Olivier...rien que ça, deux personnes en un parce qu'il est terrible et vengeur, le bras armé de ma terrible colère...

Dis Marie-George, tu veux bien me raccompagner à ma chambre, il est l'heure que je reprenne mes médicaments pour soigner ma bipolarité, mais après je reviendrai et ce sera terrible, et sanglant, et terrible, et sanglant...

BritBrit a dit…

Et moi, je veux une libido !
Nan je rigole… Youhou les chéris revenez !!!

Marie-Georges Profonde a dit…

Daydreamer : fut une époque où j'aurais tué pour participer à une convention, ça vaut tous les T-Shirt à tête de Spock non ?
Rosa e Olivier : benvenuto ! (Après je parle italien comme un lapin rose dans le métro : je sais éventuellement dire "tu risques de te faire pincer les doigts")
Dorham : Oui, c'est impressionnant, ce côté borderline transalpin. Je te raccompagne. Il se fait tard : ton voisin Balmeyer a, lui, regagné ses murs capitonnés et joue déjà à la balle de flipper humaine.
Britbrit : C'est malin ! (De toute façon je ne t'ai même pas crue !)

Anonyme a dit…

"Vous ne m'avez pas crue? Vous m'aurez cuite!".
Jeanne d'Arc


Désolé, j'ai pas pu m'empêcher.
Stéphane.

Zoridae a dit…

Mais c'est honteux ! Que vois-je ?

On se moque de mon taboulé ici ! Sachez bandes d'odieux personnages (je ne parle pas pour toi Marie-Georges) que j'ai dans mon frigo tous les ingrédients pour recommencer mon taboulé et cette fois il sera somptueux.

Demain, seule, sur mon balcon je m'en goinfrerai en pensant à votre ingratitude. Ensuite, le ventre plein, je lancerai, contre vous, une blogowar à l'haleine de crevettes et vous vous mordrez les doigts d'avoir insulté mon taboulé !

Marie-Georges, je me souviens qu'à 10 ou 12 ans j'étais folle de Clint Eastwood dans Rawhide. A part lui je tombais amoureuse, régulièrement des collègues profs de ma mère, des copains de bistrot de mon oncle, des garçons à l'école qui m'adressaient la parole...

Marie-Georges Profonde a dit…

Stéphane : dur d'enchaîner, ma foi !
Zoridae : tes armes sont redoutables :)))
Ca me rassure. J'ai eu ça aussi, vers mes 14 ans : en pâmoison toutes les cinq minutes j'étais.

Monsieur Poireau a dit…

Si tu es un gars et que tu veux plaire aux filles, trois solutions se présentent :
-Se muscler le biceps
-Se muscler le cerveau
-Se tailler les oreilles en pointe !
:-)

[La libido des filles ne cesse de m'étonner ! :-) ].

Tante May a dit…

COSMOS 1999, la base alpha sur une Lune partie à la dérive dans l'es paaAace... ça aussi c'est du pat'def qui moule aux entournures, hein!

aaaaah, les poils aux sourcils du capitaine Koenig.
aaaah, la froide austérité pré-reaganienne de la doctoresse (un cran au-dessus de l'infirmère, hein).
aaah, le négro de service super calé en truc qu'exisssent même pô encore.
aah, le nabot savant philosophant sur la profondeur de l'épilogue - usage qui reprend du poil aux sourcils du capitaine Koenig.
ah, je crois que j'en ai fini avec mes aaah.

M-G!
championne toutes catégories ès blablatage multiazimuté!

(kesstékon n'empêche!)