lundi 21 juillet 2008

Un moi de vacances (2)


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"Je suis content, je suis content, euh contente, je suis contenteuh !" En chemin, je cherchais des adjectifs à prononcer avec attention. Qu'est-ce que je peux être bêteuh, abrutieuh, stupideuh, bon, finalement c'est invariable à l'oreille tout ça. Très vite, le cerveau de ma résidence secondaire s'emballa. J'arrivai métro Rambuteau. "Métra Rambuta !" corrigea un lobe qui ne devait servir qu'à décocher des âneries.
Je descendis à Goncourte.


La rue montait légèrement et mes talons claquaient plus que de raison. Entre le cheval qu'on vient d'éperonner et l'andalouse vaguement épileptique, j'évoluais nerveusement sur un trottoir planté de poteaux plastiques et humains. Poubelles et fumeurs se tenaient droits comme les portes qui les séparaient des nids colorés pour abstinents nicotiniques. Mes pensées s'étaient arrêtées. J'observais ce nouveau trajet que le corps réalisait dans un par coeur rapide et distrait. Finalement, c'était comme camper dans un GPS. Trop facile. Je pourrais peut-être pousser le vice vacancier jusqu'à piquer un somme en arrivant, pendant que les douces mains de Marie-Georges récureraient la vasque de sa douche ? Héhééé ! Restait à trouver des gants en caoutchouc histoire de ne pas abîmer la peau du matériel. C'était dans le contrat. "Le client est tenu de restituer le corps en bon état. Les parties endommagées au cours de la location pourraient être prélevées sur la propriété charnelle du vacancier". Ouille...

"Vous êtes arrivéeuh à destination !" me signalèrent les pieds qui se plantèrent devant une porte vitrée. Les cinq appendices de la paume droite erraient en rond sur l'appareil à code de l'immeuble. "Cette imbécile ne se souvient pas des quatre chiffres qu'elle tape plusieurs fois par jour !" maugréai-je. L'index se porta à mon menton puis retourna flairer les touches une par une.

"Ca a changé ?" dit en me doublant un jeune homme dont l'accent cubain ne laissait sensiblement pas les cellules de Marie-Georges indifférentes. Il promena ses doigts au gré d'un 1357 tout bête. Mes yeux burent l'information. Le reste tressautait avec intérêt. Un clic se fit entendre. "Oh, j'avais oublié, quel idiot ! Euh, stupideuh abrutieuh je fais !" lâchai-je d'une voix de fausset tandis que le voisin me considérait du coin de l'oeil. Il se dirigea vers l'ascenseur. Le rouge au front et l'air hypocritement déterminé, je marmonnai un "bonne journée" avant de filer dans le local à poubelle jusqu'à ce que solitude s'ensuive.

5 commentaires:

BritBrit a dit…

Perfecto (comme toujours). C'est lassant cette manière de trop bien écrire. Tu m'énerves tiens !
Mais non, je plaisante. Continue, c'est toujours aussi exquis.

Dorham a dit…

Il y a toujours en plus une pointe d'opacité dans tes textes, cette petite faille qu'on explore, à la recherche de lumière ; ce doute qui nous laisse seul avec un écheveau à démêler.

C'est tout ton charme...

philtre a dit…

Maintenant que l'on a le digicode, la porte est ouverte (avec ces deux jolis textes) à une grande épopée estivale.

La suite...

Marie-Georges Profonde a dit…

Britbrit : merci beaucoup !
Dorham : merci beaucoup aussi (je commence à faire ma pivoine) !
Philtre : la suite, ah, la suite... Commeje disais à Dorham précédemment, je me connais, je suis capable de ne jamais terminer !

So dilettante a dit…

abstinents nicotiniques ? waou. pour reprendre Dorham (que je ne connais pas) "ce doute qui nous laisse seul avec un cerveau à démêler" :)!