samedi 14 mars 2009

Sur la route de Porzac...


Van Gogh, Portrait du docteur Gachet, 1890

La scène se passe hier soir, chez mon généraliste attitré
.

- Qu'est-ce qui vous amène ?
- (souriant) Vous allez rire docteur, je vais bien. (pleurant) C'est bien ma veine. Ça n'allait pas lorsque j'ai pris rendez-vous, mais juste au moment où je vous vois ça va mieux (fronçant les sourcils, maudissant l'instant présent) .
- Ça n'a pas l'air d'aller.
- C'est ridicule, je suis arrivée en me disant "zut je vais bien, c'est pas le moment", puis j'ai ouvert un magazine dans votre salle d'attente et j'ai fondu en larmes en tombant sur une photo de Laurence Parisot.
- C'est normal, ça.
- Vous me rassurez.
- Il est tout à fait légitime d'être en rogne en lisant l'actualité politique ; cela dit, pleurer pour ça l'est un peu moins.
- (riant nerveusement) Alors je suis un peu moins que normale. Je rentre chez moi, je pleure ; je vais me coucher, je pleure etc.
- Vous me prêtez votre carte vitale s'il vous plaît ?
- (fouillant dans son sac à main) Oui, elle est euh dans la poche de ma veste (remuant les affaires de son sac façon boules blanches de Motus), un instant, voilà.
- Vous avez le dernier modèle avec photo et tout !
- C'est l'avantage de la perdre tout le temps. J'ai toujours la carte vitale dernier cri.
- (plaisantant) Maintenant qu'il y a une photo, vous ne la perdrez plus.
- (perplexe) Ah ? Dans ce cas comment expliquer que j'aie également égaré mon permis de conduire ?
- Que penseriez-vous d'une aide médicamenteuse ?
- Ça doit être parce que j'avais des lunettes sur la photo.
- Si on essayait un antidépresseur ?
- On peut. Le Porzac[1] ne m'a jamais rien fait, mais bon. Je n'ai pas souvenir d'avoir eu un truc qui marchait ; ah si, une fois, ça s'appelait Froxyflal[2]. A l'époque, l'angoisse me donnait des nausées. Ce médicament avait provoqué de vraies nausées, sans angoisse. Ça changeait.
- C'est un vieux médicament, ça.
- Je ne suis pas vieille !
- Vous savez, il y a toujours 60% de gens qui réagissent favorablement au Porzac. Pour une autre molécule, ce seront aussi 60% de gens, mais pas les mêmes. Nous allons en essayer un autre. J'en connais un bien, avec pas trop d'effets secondaires. Vous pouvez même boire un verre d'alcool, il n'y a pas d'interaction nocive.
- (bondissant) chouette !
- J'ai dit un verre, hein.
- (honteuse) Euh oui bien sûr. D'accord, je veux bien essayer. (sortant des billets de banque en boule du fond de sa poche) C'est toujours vingt-deux euros ? (comptant les billets) Ça alors, moi qui croyais que je n'avais pas d'argent sur moi...
- Vous pouvez faire un chèque si vous préférez.
- (ayant posé vingt-deux euros en espèce sur le bureau) Ah, vous voulez un chèque ?
- Mais non.
- C'est drôle, j'ai passé trente minutes de trajet jusqu'à vous en me maudissant de n'avoir pas d'argent sur moi. Je me suis pourri la vie pour rien. J'avais la flemme de fouiller mes poches.
- Cela fait partie d'un ensemble de symptômes, ne vous inquiétez pas, c'est normal. Je vous prescris du X-OR[3] et on fait le point dans un mois. Appelez-moi si ça ne va pas ou si cela provoque trop d'effets indésirables.
- Merci docteur.

Après, je suis entrée dans une pharmacie où une dame se faisait servir. Je me suis postée derrière elle. Vingt minutes plus tard, rien n'avait changé, sauf qu'on était tellement nombreux à attendre que la porte automatique s'ouvrait et se fermait toute seule. Elle aussi était surmenée.


[1] Je ne suis pas dyslexique, je camoufle habilement les marques.
[2] cf. [1]
[3] Le nom du médicament a volontairement été déguisé en shérif de l'espace. Ne me demandez pas pourquoi, vous voyez bien que je ne suis pas en mesure de fournir une réponse cohérente.

18 commentaires:

vangauguin a dit…

Docteur Ma bouche?

J'espère que vous êtes conventionné(e)!

Vos prescriptions sont si bonnes! Oh oui qu'elles sont bonnes!

Et elles ont un cachet..., inimitable! (matin, midi etsoir)

Catherine a dit…

Aye, j'ai pris du retard. Normal, moi machinzac, ça me fait dormir ! Alors je dors.

Didier Goux a dit…

N'oubliez pas d'acheter l'alcool qui va avec. Puisque vous y avez droit. Et puis, on ne sait jamais : si on passe en bas de chez vous, on saura qu'on peut toujours monter s'en jeter un petit...

Marie-Georges Profonde a dit…

Vangauguin,
On t'a déjà dit que tu devrais écrire des livres érotiques ? :D
Catherine,
Tiens, ce serait donc pour ça que je roupille devant mon clavier ?
Didier,
Mais venez vous en jeter un, je n'ai pas attendu les cachets pour avoir l'alcool qui va avec (cette phrase est d'une dépravation certaine). Je ne sais pas si Catherine et vous passez parfois dans le coin (le dixième) ; si c'est le cas et qu'un pommeau ou une bière vous tente...

Le coucou a dit…

Vos divers praticiens sont très fous, vous ne devez décidément pas vous ennuyer avec eux —et nous aussi par la même occasion. Le verre d'alcool, c'est excellent, surtout s'il est plein et le contenu proche de 90°!

Marie-Georges Profonde a dit…

Le Coucou,
C'est vrai, mes médecins sont assez atypiques !
Le moins que l'on puisse dire, c'est que vos conseils changent des essaims de mises en garde qui nous assaillent dès qu'on s'approche d'une bouteille ou d'une barre chocolatée...

Didier Goux a dit…

Marie-Georges, connaissez-vous ce blog ? Je viens de le découvrir, il m'a fait penser à vous... je ne sais pourquoi...

Audine a dit…

Tu devrais faire un article pour Que Choisir :)

Plus sérieusement, une fois que tu auras trouvé le bon cachet, ça ira mieux.
Certaines périodes, il ne faut pas se refuser des béquilles.

Mots d'Elle a dit…

J'ai bien peur de côtoyer trop de médecins pour ne pas en avoir peur!
Ton titre me fait penser à une virée en Bretagne...finalement, ça ne doit pas faire de mal non plus un petit week-end sur le chemin des douaniers avec des galettes et un verre de cidre au retour, non?

Cochon a dit…

Hello Marie-Georges,
Je pourrais commenter ce billet sur ton style que j'aime toujours autant, mais là je ne vois que la détresse qu'il y a derrière.
J'ai du temps libre en ce moment (un des avantages du chômage et de la crise économique...) alors si ça te dit qu'on sorte, n'hésite pas à m'appeler !
Bisous

Monsieur Kaplan a dit…

C'est moi qui divague ou le titre est une allusion à une chanson de Georgius ?

mtislav a dit…

Qu'est-ce que ce serait si le parcours de soin n'était pas coordonné...

Marie-Georges Profonde a dit…

Didier,
Non je ne connaissais pas, merci pour cette découverte.
Audine,
Alors ça marche parfois ? Chouette. Je n'ai jamais trouvé un médicament qui soulage vraiment (je n'ai pas essayé souvent non plus) mais ce serait bien.
Mots d'Elle,
Il y a de ça car le titre fait allusion à une chanson qui narre un mariage breton : "Sur la route de Penzac" de Georgius.
Cochon,
Merci pour cette pensée. Ma semaine est un peu chargée niveau boulot mais ça me ferait plaisir de te voir. A bientôt de toute façon.
Monsieur Kaplan,
Bien vu ! La joie éclate et fait crac...
Mtislav,
Alors là, je te le demande !

roudodoudourou a dit…

Marie-Georges,
mon Porzac à moi c'est toi!

Géraldine a dit…

Je dois trop lire tes billets en ce moment car les replis sur la ceinture du jeans ça me dis rondement quelque chose, le medecin aussi d'ailleurs mais le mien prend 38 euros, j'en ressors allégée mais pas de là ou il faudrait...
Bon, ceci dit j'suis toujours partante pour un cheesecake au Marly, en marche rapide ça va de soi...

Marie-Georges Profonde a dit…

Roudodoudourou,
Ça c'est du commentaire qui fait plaisir ! Merci, je vais pouvoir frimer :)
Géraldine,
Allons-y ! Je t'ai appelée il y a une semaine sans succès ; je me suis sentie aussi désemparée qu'un Claude François avec son téléphone qui larmoie.

Siestacorta a dit…

Le X-Or, je suis en plein dedans, depuis longtemps.

Ca a mis du temps à faire effet, parce qu'il a fallu grossir la dose...
Puis plus récemment la baisser vu que je me foutais un peu de tout, tout était une expo photo gratuite.

Pour moi, l'effet est "équilibrant", mais je n'ai pas ressenti ce que j'aimerai trouver dans un médoc, des vagues d'euphorie !

balmeyer a dit…

J'adore, absolument ! C'est même un peu honteux de rire autant devant cette histoire, mais je n'y peux rien, c'est simplement méga-drôle, ultra-spirituel. C'est ça le talent, c'est un peu indécent... :)