mercredi 17 septembre 2008

Mars sur la pointe des pieds

Le Tintoret, Mars, Vénus et Vulcain, 1551

Je n'ai rien écrit. Voici un texte de l'excellent Daniel Arasse, causant de cette peinture à une dame qui a écrit sur la même oeuvre mais n'a pas du tout vu la même histoire.
(J'en profite pour rendre hommage à des blogs de garçons. Parce qu'ils m'ont tout appris, jusqu'à l'existence du verbe linker. Il fallait donc que je vous linkasse.)

"Parce que ce tableau est comique. Excuse-moi d'insister, Giulia, mais il le faut puisque l'idée ne t'a pas effleurée - et tant pis si je suis un peu lourd ! Mars est ridicule, caché sous la table comme l'amant dans le placard. Vulcain est comique, qui s'y laisse prendre une fois de plus, aveuglé par la fente de Vénus. Comique aussi, le roquet qui aboie avec rage en vain. Même Cupidon endormi est comique : épuisé par ses propres efforts, il s'est vaincu lui-même (ce n'est plus Omnia vincit Amor, mais Amorem vincit Amor). Le vase de verre posé sur le rebord de la fenêtre est plus subtil, parce que plus irrévérencieux sans doute : il fait sourire car il évoque irrésistiblement la transparence du vase virginal de Marie "qui-n'a-jamais-connu-d'homme". Et même la construction perspective pourrait bien avoir un rôle comique latent : elle dramatise la scène en conduisant le regard vers la porte par où Vulcain est entré, mais elle mène, du même coup d'oeil et dans un mouvement souligné par l'index pointé de Mars, vers un four manifestement éteint. Celui de Vulcain ? ou celui de Vénus, que Vulcain va devoir, après l'avoir refroidi par sa propre faute, s'employer à rallumer ?


Finalement, seule Vénus n'est pas vraiment drôle. Elle se trouve, sans doute, dans une situation inconfortable ; elle a risqué l'humiliation et le ridicule. Mais, une fois de plus et contrairement à ce que raconte Ovide, elle va s'en tirer au moindre effort - sinon au moindre prix : combien coûte une passe avec Vénus ? Quel cadeau va lui faire son mari satisfait ? En tout cas, ce n'est pas cette fois que Vulcain l'attrapera et fera rire tous les dieux à ses dépens. Occupé comme il va l'être, il ne verra ni n'entendra Mars sortir sur la pointe des pieds de son armure.


Or, si cette fable a une moralité - grivoise, bien sûr, et machiste -, c'est là qu'elle réside : toutes les mêmes, ces femmes, des catins, des séductrices qui nous trompent, nous les hommes, qui exploitent notre aveuglement, qui se jouent de nous et de notre désir, qui nous mènent par le bout du nez (du sexe, en fait) et nous ramènent au rang soit de jeunes butors obligés de se cacher sous une table, soit de cocus contents."
Daniel Arasse, On n'y voit rien, ed. Denoël, 2000, pp. 21-22.

7 commentaires:

Dorham a dit…

Cocus parfait, l'éternel mari en quelque sorte :)

Merci MG...

Dorham a dit…

unz et deuz !

Gaël a dit…

et trois - ZERO !!!!

Nicolas a dit…

Qu'est-ce tu veux que je fasse sous TA table ?

Monsieur Poireau a dit…

Je pense que les hommes savent que les femmes les leurrent mais qu'ils laissent faire : c'est si bon de les voir amusées !
:-))

[Merci pour le lien !]

Monsieur Poireau a dit…

J'ajoute que je n'ai pas coché la case magique, ce qui est fait...
:-)

Marie-Georges Profonde a dit…

Dorham,
De rienz, ce fut avec joiz.
Gaël,
ça a déjà dix ans ça !
Nicolas,
Que tu roules.
Monsieur Poireau,
Ca rigole pas trop chez les dieux en tout cas !
[mais de rien, c'est un plaisir !]